Lotus birth

En discutant avec plusieurs femmes balinaises, j’ai appris l’existence d’une pratique qui va beaucoup vous plaire, j’en suis sûre : les naissances-lotus. Mais qu’est-ce donc, me direz-vous?

Je ne jouerai pas plus sur le suspense, alors disons carrément les choses: les parents qui pratiquent une « naissance-lotus » (Lotus birth ou umbilical cord non-severance) ne coupent pas le cordon de leur bébé à la naissance; en d’autres termes, le placenta reste accroché au nouveau-né jusqu’à la sénescence naturelle du cordon, soit une petite semaine. Vous commencez à réaliser…le bébé se trimballe donc son placenta pendant une semaine.

Voilà, vous y êtes.

Bébé-lotus
Photo de bellawitch.com

Alors, bien sûr, là encore, les chimpanzés le font, ainsi que plusieurs cultures traditionnelles peu connues, dont certaines ethnies aborigenes en Indonésie.

Mais là, nous parlons d’un idée conceptualisée, re-fabriquée et occidentalisée.

Au départ, l’idée est de considérer que le nouveau-né et son placenta ne font qu’un et que le placenta est un organe du bébé, tant sur le plan physique que psychique.

Les partisans des naissances-lotus avancent comme argument tous les bénéfices de la transfusion placento-foetale en cas de non-section du cordon. On pense qu’en moyenne 60 ml de sang passent ainsi à l’enfant dans les premières minutes de vie. Plusieurs études en ont démontré l’intérêt médical (moins d’anémies néonatales, moins de pertes de poids, moins d’ictères) . Mais le clampage tardif du cordon (Delayed Cord Clamping, DCC) suffirait. Alors pourquoi ne pas le couper quand il a fini de battre?

Naissance de Brahma

C’est là que l’aspect psychique et spirituel entre en jeu. Cette idée de naissance-lotus existe dans l’hindouisme avec la naissance de Brahmâ, le dieu créateur, au sein d’un lotus rose, issu du nombril de Vishnu.

Dans le bouddhisme,

« Le lotus, qui pousse dans la boue et la vase pour donner une fleur d’une exquise beauté, dépeint la nature du Bouddha depuis son émanation jusqu’à sa sublime fragrance. » Lotus

Et dans la croyance balinaise,  un enfant vient au monde avec quatre frères: le liquide amniotique, le sang, le placenta et le vernix. On ne les sépare pas.

« Ces quatre éléments grandiront, s’épanouiront et mourront avec l’individu auquel ils appartiennent. Ce sont les protecteurs du bébé et, plus tard, de l’adulte. A chaque jour faste, il faut leur consacrer des offrandes afin de les apaiser. » (Balidive)

Alors comment est-ce arrivé jusqu’à l’ouest? L’ idée de la naissance-lotus a été relancée en occident par Jeannine Parvati Baker (1949-2005), une sage-femme yogi californienne au début des années 80. Elle a beaucoup milité pour une naissance non-assistée: « Every mother is a midwife« , « Chaque femme est une sage-femme ». Mais la pratique restait marginale et surtout populaire chez les praticiens assidus de yoga.

Kits de naissances-lotus
Photo de earthslings

Mais aujourd’hui, le phénomène prend une ampleur incroyable aux Etats-Unis et en Australie notamment. Le net regorge de blogs consacrés aux naissances-lotus et le business commence à rentrer en ligne de jeu. Bien sûr.

Vous pouvez donc vous procurer sur le net de ravissants petits kits de naissances-lotus: un petit sac trop mignon pour y ranger votre placenta, un linge pour l’éponger et du sel aux huiles essentielles pour le conserver sans odeur (60 dollars quand même).

Bref,une pratique extrême, très ancrée dans l’hindouisme et le yoga, qui donne tout de même à réfléchir.

Pour plus d’infos:

– Un article indonésien avec des tas de photos (miam) pour ceux que ça intéresse:

– Le protocole pour les curieux:.

– Des questions-réponses :

– Le site d’un médecin généraliste australienne, Dr Sarah Buckley, , soutenue par notre cher Michel Odent, pionnier français de l’accouchement naturel et son « écologie utérine« .

– Une publication de sages-femmes:.

– Malheureusement, aucun site ou article Wikipédia en français, si quelqu’un veut se lancer…

Le 25/09/12:

La fameuse sage-femme balinaise, Ibu Robin Lim, sort un livre sur le sujet: Placenta, the forgotten chakra. C’est pas beau, ca?

Placenta, the forgotten chakra

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