Après le jasmin, l’hortensia. Les fleurs sonnent très révolutionnaires…Mais avez-vous entendu parler de la révolution des hortensias (Ajisai Kakumei ou 紫陽花革命) au Japon? Devant le quasi « black out » médiatique, il faut réagir. Au Japon, très peu de médias couvrent l’évènement. Ailleurs, ça commence tout juste. Et pourtant,  la révolution des hortensias a débuté en juin 2012 et continue à prendre de l’ampleur.

« La femme aux hortensias »
Photo d’Alissa Descostes Yokosaki

Depuis le premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2012, quelques centaines de japonais campaient tous les vendredis devant le ministère de M.Noda, le premier ministre. C’était le petit mouvement des « vendredis jaunes » (jaune étant la couleur des antinucléaires au Japon).

Mais fin juin, au moment où la décision de réouverture du réacteur d’Oi a été rendue publique, les quelques manifestations anti-nucléaires éparses ont commencé à s’organiser et à s’amplifier. Et depuis fin juin, plusieurs manifestations historiques pour le pays ont eu lieu et il FAUT en parler! 200 000 personnes le 29 juin, 170 000 le 16 juillet…ou 20 000 et 10 000 selon les autorités! Les japonais eux-mêmes ne réalisent pas l’ampleur du phénomène, puisque, comme souvent dans le pays, les médias japonais ne couvrent pas le mouvement ou se rangent du côté du gouvernement.

Le terme journalistique « révolution des hortensias » est certes assez critiquable. C’est clair que ça peut paraître excessif à côté de la « révolution de jasmin », des vies sacrifiées sur l’autel de la liberté et de ces « vraies » révolutions qui ont renversé des gouvernements (ce qu’ils sont devenus, c’est un autre problème…).

C’est clair aussi que la « révolution » japonaise est très propre…C’est assez incroyable, pour nous autres, français, les champions du monde la grève et de la manif (non?): jusqu’au 29 juin, les manifs étaient soumises à des règles drastiques par les autorités. Exemples: les manifestants ne devaient pas gêner la circulation et rester en rang sur les trottoirs…Les manifs ont lieu le vendredi soir, le week-end, pour ne pas perturber le quotidien…

Manifestation japonaise bien rangée
Photo d’Alissa Descsotes Toyosaki

Mais il s’agit pourtant bien d’une révolution au Japon:

– il n’y a pas eu autant de monde dans la rue depuis les années 60!

– il n’y a jamais eu autant de japonais mobilisés autour de préoccupations écologiques! Même s’il reste de la marge, soyons honnêtes.

– et surtout, il n’y a jamais eu un mouvement populaire critiquant ouvertement le gouvernement!

Au pays de la discipline, c’est du jamais vu! Alors même si le terme est racoleur et excessif, il a le mérite d’en faire parler…enfin, un peu.

Au Japon, habituellement, les manifestants sont vus comme des terroristes, des anti-patriotiques, des marginaux. C’est encore le cas, mais ça bouge un peu, tout doucement. Plusieurs stars japonaises se sont engagées dans les débats; d’aucuns diront qu’elles n’ont pas à craindre d’être bannies de la scène japonaise puisqu’elles jouissent d’une réputation internationale… Mais l’ancien premier ministre Hatoyama lui-même a rejoint le mouvement!

Mais dans les deux grands quotidiens japonais , on n’en parle quasiment pas:

Asahi

Yomiuri

Quelques autres essaient de relever le niveau (d’information), dont le Mainichi, 3ème quotidien du pays.

En France, on trouve quelques reportages sur le sujet:

– Arte, le 17 juillet

– Le Monde, le 6 juillet, le 16 juillet

– Libération, le 29 juillet.

Mais si l’on veut vraiment avoir une info plus complète, y’a pas de mystère, vive l’internet!

– Le très sérieux et très bien fait: Blog « Fukushima » qui donne toutes les infos sur la catastrophe et ses conséquences et donc un article sur les manifs.

– Un article-reportage d’ Alissa Descostes-Toyosaki sur la manif historique du 29 juin 2012 sur rue 89. La seule où, enfin, les manifestants ont envahi les rues en bravant les cordons de la police!

– Aujourd’hui le Japon, plusieurs articles, le 3 juillet, le 10 juillet et avant. Une discussion très intéressante, , sur la couverture du mouvement par les médias.

– les médias alternatifs comme Slate, avec un merveilleux -en fait juste un vrai- article d’un vrai journaliste, Mathieu Gaulène. Il décrit le lobbying des industries nucléaires sur les médias japonais et la couverture médiatique du mouvement populaire au Japon. Il a même fait un mémoire de recherche à Sciences Po sur le mouvement anti-nucléaire japonais.

Stop Nukes
REUTERS/ Yuriko Nakao

Bref, le mouvement existe, parlons-en. Il doit durer et doit évidemment se consolider pour exister face à la sévère autorité gouvernementale et industrielle japonaise. Les problématiques sont complexes, les intérêts multiples. Mais les solutions existent pour réduire le nucléaire. Rappelons que les 54 réacteurs de l’archipel étaient à l’arrêt depuis mai et qu’un seul a redémarré le 1er juillet…et comment ça va, l’électricité, sans nucléaire depuis des mois? Bah, très bien, merci!

Tout change, même au Japon. En tous cas, il faut y croire. Et en parler.

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