Cette semaine, nous sommes allés faire un tour de deux jours sur la deuxième plus grande rivière de Malaysie, sur l’île de Bornéo, la Kinabatangan.

Ma première impression fut celle d’une prise de conscience de l’importance des plantations de palmiers à huile dans la région. Pendant tout le trajet, de Sandakan à la rivière, soit 2 heures et demie, nous avions sous les yeux, à perte de vue, le tableau de ces palmiers bien alignés. On a beau le savoir, le voir reste effrayant.

Une fois arrivés, l’émerveillement a pris la place de cet arrière-goût amer. Les trois descentes de la rivière que nous avons faites sur ces petites pirogues à moteur resteront gravés dans nos mémoires. J’aime beaucoup cette impression d’être là chez eux, dans leur habitat. La même impression que j’éprouve en plongée. Dans ces milieux sauvages où la vie pullule (encore), on se sent bien faible et bien étranger.

« Ici, le patron, c’est pas vous. Ici, le patron, c’est le croco. » Ceux qui connaissent cette série documentaire, « Man versus Wild », que je conseille à tous, reconnaitront la touche de Bear Grylls, son animateur casse-cou.

Nasique ou Proboscis Monkey

Nous avons donc eu la chance d’y voir des nasiques, qui vivent uniquement à Bornéo, des macaques à longue queue, des lézards géants, des toucans, des martin-pécheurs, des orang-utans et un croco!

Et nous avons eu la grande chance de ne pas tomber sur les nappes d’huile de palme rejetées sans scrupules par les industries de la région…J’ai appris que quasiment tous les jours on pouvait observer ces nappes sur la rivière. Le Daily Express d’hier en a fait sa une: des touristes suisses se sont plaints de traverser ces affreuses nappes d’huile noire en faisant leur excursion sur la rivière. Le problème n’est pas nouveau et les autorités malaisiennes ont même l’air de s’en préoccuper puisqu’il y a 10 jours, se tenait un colloque réunissant les grands industriels de l’huile de palme et les ministères concernés pour s’assurer du traitement de ces déchets industriels (les POME, Palm Oil Mill Effluent). Effectivement, avec 124 plantations dans la région de Sabah et 36 rien qu’autour de la rivière, y’ a du boulot.

Rejet des POME
Bioenergyconsult

Alors de quoi parle-t-on? Des eaux usées saturées d’huile issues de l’extraction de l’huile de palme. Ces eaux huilées ne sont pas toxiques à proprement parler, puisqu’aucun produit chimique n’est utilisé pour l’extraction. Mais du fait de leur haute teneur en composés organiques, elles consomment une grande quantité d’oxygène, qui manque donc autant à l’écosystème dans lequel elles sont relâchées. Par ailleurs, elles recouvrent les pauvres animaux qui se baignent dans la rivière, dégagent une puanteur incroyable et attirent les mouches, mais ça, c’est une autre histoire.

La solution existe pourtant: l’utilisation des « POME » comme engrais, ou pour produire de la biomasse, des biogaz est déjà envisagée par quelques industries, mais coûte encore très cher. Si les gouvernements aidaient un peu au traitement de ces déchets, peut-être avancerait-on dans le bon sens.

Surtout quand on sait les milliards de ringgits (la monnaie malaisienne) qu’engendre chaque année le tourisme dans la région de Sabah, complètement tournée vers l’éco-tourisme. C’est le monde à l’envers!

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