Nous venons de quitter El Nido, cette charmante petite ville au nord de Palawan, port d’embarquement pour l’archipel de Bacuit dans lequel nous avons passé de belles journées de bateau, snorkelling et plongée.
« El Nido », comme vous l’avez deviné, signifie « le nid » en espagnol. Quel est le rapport? Et bien, ici, comme à Bornéo et dans d’autres endroits d’Asie, on trouve un mets de luxe, très prisé: le nid d’oiseau. On l’utilise pour parfumer les soupes.

Ces oiseaux sont des salanganes ou balinsasayaw en tagalog (langue nationale des Philippines) et non des hirondelles comme le voudrait l’appellation « nid d’hirondelle ». Plusieurs espèces construisent des nids comestibles, dont les collocalia fuciphaga que l’ont trouve à El Nido. Les mâles fabriquent leur nid dans des grottes, comme celle de Gomantong à Bornéo ou celle de Pinasil Island à El Nido. Et trois fois par an, des récolteurs risquent leur vie en grimpant sur de frêles échelles glissantes à 5 ou 10 m de hauteur pour récolter ces nids.

Récolte des nids

Ils sont ensuite laissés à tremper toute une nuit pour être nettoyés de leurs plumes et autres impuretés afin de ne conserver, tenez-vous bien, que la salive d’oiseau. Miam…On fait enfin bouillir les nids avant de les incorporer à la bien-nommée « nido soup« . Ce qui est dingue, c’est que ces petits nids se vendent 3000 dollars le kg!! Et pourtant, cela n’a aucune odeur ni aucun goût…Quel est l’intérêt, alors?

Nid de salangane

Et bien, la salive mucilagineuse de ces charmants oiseaux est très riche en calcium, fer, potassium et magnésium. Les bénéfices attendus sont très variés…mais non démontrés pour le moment. J’ai trouvé en vrac:

– ils ont des vertus fortifiantes; ils étaient consommés par les empereurs chinois au moins dès la dynastie Tang (618-907 ) pour assurer leur longévité.

– ils favorisent la digestion

– ils améliorent la voix

– ils soulagent l’asthme

– ils augmentent la libido

– ils stimulent le système immunitaire

– ils préviennent la sécheresse de la peau et donc l’apparition des rides

– ils sont antipyrétiques

– et même, ils permettent une bonne croissance foetale et redonne de l’énergie à l’accouchée.

Tout ceci s’expliquant, en médecine traditionnelle chinoise, par la nature froide (ou neutre selon les sources), plutôt yin du nid de salangane. Il constitue un élément important de la pharmacopée chinoise et ils sont majoritairement consommés à Hong-Kong, en Chine et à Singapour.

Les parents en donnent à leur enfant pour favoriser leur croissance; or, les nids sont l’une des causes les plus fréquentes de crises anaphylactiques chez les enfants en Asie du Sud-est!

Il n’est pas rare de trouver des nids mélangés avec de la résine de karaya, avec des algues rouges ou des champignons.

Et les familles chinoises riches en mangent à chaque nouvel-an.

 

Bon, OK mais alors il y a deux trucs qui me dérangent dans cette histoire:

1- Les récolteurs qui grimpent à 10 m de haut sur des échelles précaires à moitié plantées dans l’eau, après avoir dégager le terrain à la machette…versus les riches et grasses hong-kongaises qui consomment allègrement leur « nido soup » pour avoir moins de rides…Je ne sais pas pourquoi mais il y a un truc qui me gêne!

Récolteur
Site Thaiways Magazine

Les conditions de vie de ces récolteurs sont vraiment  honteuses: surexploitation,corruption et accidents sont monnaies courantes sur les lieux de récoltes. Pendant la période de récolte, les lieux sont gardés pour faire fuir les voleurs de nid et les prédateurs (serpents entre autres). Mais l’accès aux lieux de récoltes, soumis à autorisation, très chère, du gouvernement, est souvent filtré par ces gardiens qui rackettent les récolteurs. C’est la jungle, quoi.

Récolte à la corde en Thailande
Andaman adventures

2-Les récoltes perturbent évidemment le mode de vie de ces mignons oiseaux. Elles ont lieu 3 fois par an: une première en mars, avant que la femelle n’ait eu le temps de pondre, ce qui l’oblige à reconstruire un nid. Cela prend environ un mois. Vient ensuite la deuxième récolte, même conséquence; la femelle re-construit un autre nid. Là, quand même, on la laisse pondre tranquille et faire grandir ses petits avant de récolter les nids une 3ème fois, après que les oisillons ont quitté ce nid si convoité. On leur laisse 3 mois pour cela. Ces nids-là sont appelés « nids bruns », ils sont moins prisés puisque moins « purs »; et oui, les oisillons l’ont sali, ce nid. Ils faut le nettoyer! Ils pourraient faire attention, quand même!!

Nid brun
Andaman adventures

Plus sérieusement, les experts ornithologues affirment que cela modifient les mouvements de migration des salanganes.

Alors pour ceux que ça tente quand même, la recette est .

Nido soup
Wikipedia

Mais j’ai envie de dire que, peut-être, ça ne vaut pas le coup…

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