Dans la série « Les japonais ne sont vraiment pas comme nous », je viens de découvrir dans un article un concept de bar complètement dingue à Tokyo : le « Bonyu Bar », autrement dit le « Bar à lait maternel ». Voui, voui.

Bonyu Bar
Tokyo reporter

Les bienfaits du précieux liquide ne sont plus à démontrer…pour les nourrissons ; et l’idée d’en faire profiter les adultes peut partir d’un bon principe. L’homme est observateur, inventif et audacieux. Donner à tous un produit que la nature ne fournit qu’à un, on l’a déjà vu. Les exemples sont multiples.

Mais il ne s’agit pas juste de faire boire du lait maternel à la paille ou dans des cocktails. Ce serait déjà suffisamment discutable. Pour fournir du lait à quelqu’un d’autre que son enfant, une femme doit entretenir sa lactation. En France, les lactarium récoltent, traitent et distribuent le lait maternel des femmes qui font le choix de donner le « surplus » qu’elles ont en allaitant leur enfant. Ces dons sont essentiels aux nouveaux-nés prématurés hospitalisés.

Lactarium
Flyer de l’association des lactariums de France

Le « lait de mère » du lactarium remplace le lait artificiel dans les premiers jours, soit en attendant le lait de la propre mère du bébé (la montée de lait prend souvent plus de 3 jours dans ce cas), soit parce que la mère ne veut pas ou ne peut pas donner son lait. Mais pour obtenir ce lait, les femmes qui donnent utilisent tire-lait, massages, phytothérapie voire médicaments allopathiques ; on connaît l’utilisation larga manu et hors AMM (autorisation de mise sur le marché) du motilium* dans cette indication. Alors, pour donner à son enfant, à des enfants prématurés, OK ; mais pour le vendre ?

Le commerce de « secrétions corporelles » est toujours assez choquant, pour nous autres, français. Chez nous, les dons sont gratuits, c’est-à-dire non rémunérés, et anonymes ; les dons de sang, d’ovocytes, d’organes, de sperme, de moelle, de sang placentaire ou de lait maternel. Mais nous avons tous entendu ces histoires d’étudiantes espagnoles qui payent leurs études en vendant leurs ovocytes ; ces américains qui gagnent de l’argent de poche en vendant leur sperme ; ces chinois qui survivent en vendant leur sang. Autant de polémique. Le commerce du lait maternel sort donc déjà de notre conception républicaine du corps.

L’article précise encore que l’une des « fournisseuses » a un lait très acide et donc « imbuvable », parce qu’elle a été malade et que cela retentit sur la quantité et la qualité de son lait. Comme un reproche. Son corps n’a pas assuré sa productivité requise, elle est recalée. Exploitation du corps humain, commercialisation du corps de la femme ; y’a matière à discussion.

Lait

Là où l’affaire se corse, c’est que non seulement ces femmes vendent leur lait et cher, encore, (2000 yens le verre, soit 20€) mais qu’elles le vendent à des adultes, qui n’en n’ont pas besoin ! La nature fait assez bien les choses, paraît-il, et il se trouve que l’adulte n’a plus besoin du lait de sa mère, encore moins de celui d’une autre mère ! Pour aller plus loin dans la polémique, l’être humain adulte n’a d’ailleurs pas non plus besoin de lait ; du tout. J’en ferai un autre article de ça, tiens.

Et pour couronner le tout et se noyer dans le lait de la perversion, ce « Bonyu Bar » permet aux clients de se fournir à la source ;  je sens que vous visualisez ce dont je veux parler. Oui, c’est ça, ils tètent le sein de ces femmes allaitantes. L’article en question explique même que les femmes caressent la tête de ces messieurs en leur parlant comme à des bébés. Ah oui, parce qu’évidemment, les clients sont des hommes ; 30-40 ans en moyenne, mais l’article parle d’un client de 60 ans. C’est-à-dire toujours plus âgé que ces femmes. Je connaissais ces conjoints qui goûtent ou tètent le lait de leur femme ; sujet tabou que j’ai pu aborder de nombreuses fois en cours de préparation à la naissance. Et la pratique est beaucoup plus répandue qu’il n’y paraît. La connotation sexuelle perverse étant assez évidente, je ne m’étendrai pas dessus. Mais là, nous parlons de payer pour téter le sein d’une femme inconnue. Le dernier cran est franchi.

 

Alors, pourquoi, mais pourquoi ? Le choix des réponses est vaste : solitude affective de ces quadra-quinquas japonais, froideur des rapports conjugaux japonais, oedipe non réglé,… Les sociologues et les psy s’éclateraient avec un sujet comme ça.

 

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