Alors que cette semaine, des tas de petits nouveaux élèves débutent leur scolarité, j’ai pu constater sur Facebook que les chérubins ont l’air bien contents d’endosser leur petit cartable. L’occasion de raconter que, ailleurs, dans cet autre monde qu’est le Japon, ça ne passe pas tout à fait de la même façon…

C’est la rentrée!
Culturevisuelle.org

La vie de l’élève japonais est conditionnée par un seul objectif : réussir l’examen d’entrée d’une des meilleures universités du pays. La meilleure chance d’y parvenir étant d’intégrer les meilleures écoles secondaires en amont, elles-mêmes accessibles sur examen d’entrée (vers l’âge de 12 ans pour le collège et 15 ans pour le lycée), la pression est donc mise sur les enfants dès la fin du primaire.

Du coup, la majorité des enfants suivent des cours supplémentaires dans des « Jukus » après leur journée d’école.Les Juku sont des cours privés, très chers, très fréquentés des jeunes japonais. Dès l’âge de 11 ans, parfois plus jeunes, les enfants rentrent souvent chez eux vers 22h ou 23h. A l’extrême, il arrive que des élèves suivent des cours dans un juku avant même d’entrer à l’école primaire, et que certaines écoles maternelles recrutent sur concours. Un concours d’entrée à l’école maternelle…Ils sont fous!!

Petit élève japonais
Site culturevisuelle.org

Globalement, les élèves japonais ont une pression de dingue sur leurs épaules et ce, dès leur plus jeune âge. Ce qui amène à des dérives incroyables.

Comme l’explique Wikipedia:

Le système éducatif japonais a été dénoncé pour ses dérives comme l’épuisement des étudiants japonais, aboutissant au pire des cas au gakurekibyō ou au hikikomori. Certains cas d’inceste mère-fils, provenant des kyoiku mama (mère éducatrices au foyer), ont été signalés, celles-ci visaient à décharger les garçons de leur pulsions sexuelles distrayant leur scolarité. Plusieurs feuilletons et un film ont même été réalisés sur la base de ces témoignages.

Le « gakurekibyô » peut se traduire par la « maladie du diplome »; les élèves travaillent tellement qu’ils développent obésité, hypertension, hypercholestérolémie.

Hikikomori
Site Jamaipanese

L’« hikikomori » correspond à un syndrome étonnant, que j’ai découvert dans « Homo japonicus », de Muriel Jolivet. On le décrit comme:

(…)une pathologie psychosociale et familiale touchant principalement des adolescents ou de jeunes adultes qui vivent coupés du monde et des autres, cloîtrés chez leurs parents, le plus souvent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, en refusant toute communication, même avec leur famille, et ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins corporels, d’après les spécialistes.

Ni grabataires, ni autistes, ni retardés mentaux, ils se sentent accablés par la société. Ils ont le sentiment de ne pas pouvoir accomplir leurs objectifs de vie et réagissent en s’isolant de la société. Wikipedia

Ca, c’est pas des jeunes contents, contents d’aller à l’école… Heureusement, certaines école proposent de façon très marginale et peu reconnue encore, un mode d’éducation différent. On l’appelle « yutori » ou éducation « non stressée », c’est-à-dire sans avoir recours à des concours dès le plus jeune âge.

Elèves japonais
Site portail-japon

Mais ne voyons pas tout en noir pour ces petits élèves; on peut trouver quelques points forts au système éducatif japonais:

– Au primaire, les enfants ne sont pas évalués sur leurs résultats mais sur leur volonté de «bien faire». Voilà une bien belle idée…

– De nombreuses activités permettent de renforcer les liens entre les générations, la communauté, le monde professionnel, les enfants d’une même école…C’est dans ce genre d’activités que s’investissent les profs après les cours.

– Possibilité de faire l’expérience de nombreuses activités extra-scolaires en clubs (obligatoires et proposées par l’école); à l’école, les cours de musique ou arts plastiques sont aussi importants que les autres…Et les enfants de primaire reçoivent des cours de cuisine, de couture, de morale et de soins toutes les semaines! Et ça ne pose pas de débat, là-bas…

Les enfants participent au nettoyage de leur classe à tour de rôle – les écoles ne disposent pas de personnel de nettoyage!!
Mais à l’inverse de notre beau pays, là-bas, les profs sont très valorisés, à la fois par la société et par les élèves eux-mêmes. Ils sont bien rémunérés et très respectés. Par contre, ils font 40h de présence dans l’école. On a pu en parler à plusieurs reprises avec les couchsurfers que l’on a rencontré: tous étaient des profs d’anglais du « JET program » (« Japan English Teaching program, programme d’enseignement de l’anglais au Japon). Tous nous ont avoué très bien gagner leur vie (ils sont en plus logés par l’Etat), mais sont obligés à des heures de présence à l’école hors des cours.

Alors, je suis heureuse pour la ribambelle de petiots qui vient de franchir le premier cap de leur scolarité; on leur souhaite heureuse, enrichissante et respectueuse de ce qu’ils sont. Et je souhaite à nos profs d’obtenir un jour la même considération et le même respect que leurs collèges nippons…

 

 

Mise à jour le 23/10/2012: Documentaire en français sur le sujet, relayé par le site « Aujourd’hui le Japon »:

Japon: Maternelles supérieures

 

 

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