Pour prolonger ma réflexion sur le conflit humain-éléphant au Sri Lanka, je me suis davantage renseignée sur une initiative diablement géniale: fabriquer du papier en crotte d’éléphant. Fallait y penser.

Et c’est une idée drôlement intéressante quand on sait qu’un éléphant produit 50 kg de crottes par jour et qu’il y avait environ 6000 éléphants recensés en 2011; ça fait un sacré paquet de crottes par an ( je vous laisse faire le calcul, moi, je suis en vacances, héhé). Or, qu’est-ce qu’on fait de toutes ces crottes? Ben rien, tiens. Quelques entreprises sri-lankaises se sont donc mises sur ce créneau porteur et fabriquent du papier avec les excréments des éléphants de l’orphelinat de Pinnawela depuis la fin des années 90. Oui, je sais, je suis à la bourre.

Fabrique de Pinnawela
Flickr

 

Mais quelle drôle de bonne idée, quand même. Tellement bonne qu’un français l’a reprise dans l’Aude, inspiré de l’initiative sri-lankaise; il explique:

« Chez les herbivores non ruminants, les sucs gastriques n’ont pas la capacité de digérer la cellulose, qu’ils rejettent. » Du coup, il suffit de récupérer le crottin, de le laver à grandes eaux, de le chauffer pour éliminer les bactéries et de broyer la pâte pour faire du papier. « C’est une chimie naturelle, un processus tout simple » TerraEco

 

 

Ça a l’air facile. Mais est-ce bien si naturel? Petit détour par le procédé de fabrication et mode d’emploi, si vous avez envie de faire pareil à la maison:

 

1- Tri, nettoyage et séchage des matériaux de base

– Procédé de Digestion: faire bouillir 2 à 4 heures les crottes d’éléphant, déchets de fruits et de coton.

– Procédé de Digestion Froide: faire tremper les déchets de bois, de papier et de carton de 3 à 8 heures.

Aucun acide n’est utilisé pour décomposer les matériaux.

 

2- Battage
-La pâte ainsi obtenue par « digestion » est versée dans un « batteur hollandais » pour lui donner la consistance désirée.
A cette étape sont utilisés des composés comme de l’Aluminium, de l’argile chinoise, de la résine ou de la teinture à base de fleur afin d’obtenir différents coloris.

 

3- Tamisage et couchage
-La pulpe est ensuite déposée sur des tamis dans lesquels chaque feuille de papier est aplatie à la main.
– Chaque feuille de papier est ensuite déposée sur du feutre et empilée sur des étagères.
Les travailleuses de cette section sont mieux payées que les autres en raison de leur travail difficile : elles ont constamment les mains dans l’eau.

Trempage
MatthewSample Blogspot

 

4. Séchage

– Les piles de papier sont déposées dans une presse à vis actionnée manuellement, pour en assécher les feuilles.
– Les feuilles sont ensuite séparées du feutre et suspendues pendant une journée pour un séchage complet.

En raison de l’humidité ambiante, un four à kérosène est utilisé pendant la saison des pluies, afin de rendre le papier bien sec. Le seul bémol à ce procédé de fabrication…

Pressage
Peace boat.com

5- Finition
– Le papier est réellement terminé lorsqu’il est passé à travers des rouleaux sous pression d’où il ressort satiné, prêt à l’écriture ou à l’impression.

Transformation
Edgyjapan

 

Et j’avoue que le papier est d’une très belle qualité. Certaines entreprises n’utilisent pas de teintures, même naturelles mais font varier le régime alimentaire des éléphants pour changer la couleur…du papier. Je n’ai pas réussi à trouver ce qu’il leur donnait à manger et je me demande dans quelle mesure ces changements alimentaires sont nuisibles aux éléphants…

 

Mais ce qui est très intéressant dans cette affaire, c’est que les employés de ces entreprises sont, pour certaines, en priorité des gens directement affectés par les éléphants, « afin de guérir psychologiquement les victimes en leur faisant réaliser la vraie valeur des éléphants. » nous dit Maximus, une des sociétés concernées.

«En fabriquant du Papier d’Eléphant, nous essayons de faire comprendre aux gens que l’éléphant est mieux vivant que mort.»

Maximus

C’est beau. Et c’est donc censé limiter les 250 meurtres annuels d’éléphants dont le Sri Lanka a du mal à se débarrasser. Souvenez-vous, c’est.

Et pour couronner le tout, les usines encouragent les écoles à leur rendre visite, afin d’enseigner aux enfants les valeurs de protection et de conservation de la nature. Et plusieurs opérations de bénévolat font mettre la main à la pâte de papier des volontaires motivés. C’est beau, ça m’émeut!

Papier

Donc, on résume: on fabrique du joli papier avec des excréments d’éléphants, donc:

1) on recycle un déchet

2) on évite de déforester pour avoir de la pulpe de papier (voir )

3) on réconcilie l’homme et l’éléphant dans une zone où ce n’est pas gagné d’avance.

4) on « crée de l’emploi » et on « augmente le pouvoir d’achat » des gens concernés.

5) Et puis, même, on permet à de bien gentils volontaires de s’éclater en vacances:

Job sympa

C’est pas génial?

Si le sujet scato pour inspire, un article pour en rire, c’est par là.

 

Mais pour finir, j’ai découvert récemment le travail magnifique de Steve Bloom, un photographe anglais, dont voici quelques photos:

Elephant swimming
Steve Bloom

Elephant et son mahut Sri Lanka
Steve Bloom

 

 

 

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