Un constat simple mais désolant sur la cuisine japonaise: ils n’ont pas de « vrais » desserts. Je veux dire des desserts sucrés, pas ces gelées aux haricots rouges ou ces glaces au sésame. Pas mauvais, certes; d’un intérêt diététique certain.Mais pas follichon non plus. Surtout quand on aime le goût sucré.

Quand on a, comme moi, ce petit clapet, vous savez: quand, à la fin d’un repas avec entrée chaude, entrée froide, plat en sauce, féculents, légumes, salade, fromage…ce petit clapet s’ouvre dans votre estomac pour libérer encore un tout petit peu de place pour le dessert. Celui sur lequel vous lorgnez depuis le début de l’apéro. Non? Pour moi, en tous cas, ce clapet est bien utile parce que j’ai bien du mal à finir un repas sans avoir ce petit goût sucré dans la bouche, à la fin.

Glace au sésame

D’où ma frustration sans nom dans ce doux pays qu’est le Japon. La diététique y est naturelle, d’ailleurs il est très rare de voir des gens en surpoids dans la rue; des obèses, n’en parlons pas. Je crois que je n’en ai jamais vu. Les statistiques du pays sont parlantes; avec la Corée, ce sont les deux pays avec le moins d’obèses de tous les pays de l’OCDE seulement 25% d’obèses en 2009, en sachant que pour la Japan Obesity Association, l’obésité se définit avec une Indice de Masse Corporelle supérieur à 26,5, contre 30 aux USA…Cette donnée-là est déjà assez significative. Et comme ce n’est pas grâce à leur activité physique (ils n’ont déjà pas assez de temps pour dormir, ce n’est pas pour aller faire un footing), c’est évidemment grâce à leur régime alimentaire. Entre autres, pas de sucre rapide ou très peu.

Sumo

Historiquement, le sucre est arrivé  tardivement dans l’alimentation japonaise par rapport à l’Europe. En 1637, 37000 chrétiens qui s’étaient rebellé contre le shogunat à Shimabara se font massacré avec le concours des Hollandais alors sur place. A partir de là et pendant 200 ans, les seuls échanges avec le monde extérieur se feront par l’intermédiaire des Hollandais à Nagasaki. C’est donc grâce aux Hollandais que les Japonais ont d’abord découvert le sucre. Un proverbe japonais dit d’ailleurs que « plus on s’éloigne de Nagasaki, moins les mets sont sucrés ». Mais l’intégration dans le régime alimentaire  ne s’est vraiment fait qu’au XXème siècle!

L’île de Dejima, à Nagasaki, siège du commerce hollandais

Au Japon, le dessert n’est pas apprécié comme une gourmandise, il sert à atténuer l’amertume du thé, dans la cérémonie du thé, 茶の湯 « chanoyu », par exemple. Il est également utilisé pour ses qualités esthétiques, artistiques. Le raffinement de la présentation et la symbolique qui lui est attribuée sont fondamentales! On leur donne des noms en rapport avec la nature et ils sont toujours présentés de façon très…japonaise! On appelle « wagashi » 和菓子 les pâtisseries traditionnelles japonaises. Il est dit que les « wagashi » doivent s’adresser aux 5 sens:

– La vue d’abord avec cette présentation raffinée et épurée.

– L’ouïe avec la prononciation du nom symbolique du « wagashi », qui invite à la contemplation.

– Le toucher: « la délicatesse du contact d’abord sous la pression légère de la main et du bâtonnet, puis celle du palais et de la langue » (Blog Toraya)

– L’odorat: avec leur parfum doux.

– Le goût bien sûr, mais il n’intervient qu’en dernier…Et il est là encore léger, discret et raffiné.

Quelques « wagashi » que l’on peut trouver au Japon:

– Le tô-zakura, ou « horizon vaporeux de cerisier en fleur »…qui symbolise le printemps.

Tô-zakura

-Le « samidare » 五月雨 ou « pluie saisonnière de printemps ». Je crois que c’est celui-là que la maman de Yukari nous a servi à Kagoshima…après qu’on lui a présenté des oeufs à la neige au design très…rustique!! La honte!

Samidare

– L' »ao nashi », la pomme en été

Ao nashi

 

– Le « kozue no aki », 梢 の 秋, « cime des arbres en automne »

Kozue no aki

– Le « kan kobai » en hiver

Kan kobai

Mais l’engouement pour l’occident et l’Europe, en particulier la France, a changé un peu la donne. On peut trouver assez facilement des boulangeries « à la française » un peu partout et déguster croissants, pains au chocolat et autres viennoiseries. Un bon business pour qui tente le coup. L’exotisme du raffinement.
Le chocolat est un luxe aussi. Les tablettes de chocolat dans les supermarchés ne pèsent que 67g! Je me souviens avec quel sentiment de culpabilité je me suis présentée à la caisse avec mes 8 tablettes le jour où j’ai voulu faire une mousse au chocolat pour 6 personnes.

Ceci dit, il faut être millionnaire pour acheter des fruits en ce moment, alors pour avoir un dessert diététique…le choix est restreint.

Sinon, il suffirait d’importer le concept très parisien du café gourmand, machiavélique invention pour ne pas culpabiliser la ménagère mais la faire tout de même consommer…Du sucre en portions de piaf, so français, so chic. Ca marcherait du tonnerre!

Café gourmand

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