Aujourd’hui, à 12:06 heure locale, un valeureux gaillard nord-coréen a eu assez de culot pour oser traverser la DMZ et « passer au Sud ». De keua?

La DMZ (demilitarized zone ou zone démilitarisée) correspond à une bande de terre « neutre » de 250 km de long pour 5 km de large, qui suit à peu près le 38ème parallèle. Elle sépare les deux frontières nord- et sud-coréennes depuis que le pays est coupé en deux, après la guerre de Corée (1950-1953). Il est intéressant de noter qu’il s’agit du seul pays encore coupé en deux à l’heure actuelle. (enfin, sans compter le Soudan et le Mali en ce moment…)

DMZ
Wikipedia

Cette DMZ est donc une zone tampon,  toute douce entre deux frontières affreusement bien gardées. Le paradoxe, c’est que la frontière nord-sud coréenne serait même la frontière la plus militarisée au monde. Ok, donc 5 km sans militaires et, 700 000 soldats côté nord, 400 000 soldats côté sud?? Non, c’est encore mieux que ça: dans ces 5 km, il n’y a pas de militaires coréens; non, c’est là le domaine des militaires américains. Donc, on dit « démilitarisée ». Voui.

DMZ

Ils sont là parce qu’ils ont signé avec la Corée du Sud un pacte de sécurité. Ils aident donc à gérer la DMZ. Par exemple, quand tu es un gentil touriste et que tu veux aller voir « le dernier vestige de la guerre froide », on te vend un « pack tout compris » depuis Séoul, une excursion pittoresque d’une journée pour aller tâter du danger. Tu peux visiter un tunnel creusé à l’époque par les coréens du Nord pour envahir le Sud, le siège du parti travailliste où était torturés les anti-communistes (on te dit même que tu peux voir des restes humains), l’ancienne ligne de front,etc…Plusieurs centaines de milliers de touristes viennent voir ça de leurs propres yeux chaque année. Gentillement accompagnés par des soldats américains, qui te chaperonnent d’un bout à l’autre de la visite. Bien. On a longuement hésité à le faire, ce truc. Et puis on s’est dit qu’on allait éviter le danger, justement.

Visite touristique de la DMZ
Guide

Parce que même avec tous ces vigoureux militaires sur-équipés, il y a quand même régulièrement quelques incidents. Certains petits rigolos essayent de passer la frontière, de passer au Sud. Fuir la dictature et la faim. Certains  y arrivent même. Sans se faire tuer (enfin pas tout de suite) ni se faire renvoyer (la Corée du Sud a le bon goût de ne pas extrader les ressortissants du Nord). Comme ce petit gars aujourd’hui.

Il a donc évité ses potes du Nord et le million de mines qui dormirait encore dans la DMZ. Comment? C’est très simple, il a juste tué deux de ses supérieurs pour avoir la voie libre. Ca rappelle de douloureux témoignages. Sauf que c’est là, à quelques kilomètres de nous.

Il serait interrogé par ses nouveaux potes Sud-coréens en ce moment. Mais il paraitrait que ce qui l’attend, c’est pas le paradis. Comme pour les 15 000 coréens du Nord qui fuient vers le Sud chaque année, la plupart par la Chine ou le Sud-Est asiatique. Seuls 6000 vivent actuellement en Corée du Sud, les autres n’y sont jamais arrivés, retenus en Chine où leur vie n’est pas bien meilleure qu’au « Nord ». Au « Sud », c’est pas l’éclate non plus:

D’une part, ils souffrent du rejet d’une partie des sud-coréens, dont certains fantasment sur la réalité de leur voisin, convaincus que la Corée du Nord est un véritable royaume du mal. Un sujet bien souvent tabou, que très peu de Sud-Coréens acceptent d’évoquer avec les occidentaux.

D’autre part, les réfugiés vivent très souvent avec un fort sentiment de culpabilité vis-à-vis de leurs proches laissés au Nord. Des proches qui peuvent être incarcérés pour avoir un conjoint ou un parent « disparu », comme le souligne le rapport de Médecins sans frontières. Le Nouvel Obs

Des réfugiées nord-coréennes au centre de Hanawon, Corée du Sud
Les femmes sont les plus nombreuses à « passer au Sud ».

Pourtant, nombreux sont aussi les coréens du Sud qui souhaitent très fort la réunification du pays. Le gouvernement du Sud a annoncé le 7 aout la création d’un fond destiné à encourager cette réunification. Son coût: 167,5 milliards d’euros pour la seule première année. Ouaille.

Les coréens, nombreux à souhaiter la réunification du pays, nouent des rubans aux barbelés de la DMZ

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