Pour bien comprendre de quoi je cause, plantons le décor. Tu es en voyage en Corée du Sud. Tu te balades nonchalamment sous un doux soleil d’octobre. Tu prends tranquillement le métro pour changer de quartier, la brise est douce, quoiqu’un peu fraîche. Et là, une tornade te sort de ta torpeur: un petit machin bariolé te bouscule en courant, suivi d’un groupe de petits machins bariolés. Là, pas d’autres solutions, devant la violence de l’attaque, tu capitules, tu bats en retraite, tu cèdes la seule place assise dans la rame. Sinon? Tu en viendras à souhaiter disparaître devant de si grands cris repris en coeur par tout le troupeau.  Tu viens de te frotter à l’ « Ajumma ».

Wanted

Ajumma, 아줌마 , en coréen, cela correspondait, « à l’époque », à une femme mariée avec des enfants; aujourd’hui, on peut davantage le traduire par « femme d’age mur ». C’est tout, penses-tu? Malheureux, ce terme représente beaucoup plus que ça. C’est toute une culture, un comportement, un art de vivre! Tu ne saisis toujours pas de quoi je veux parler? Ok, soyons plus clair, dressons le portrait de l' »Ajumma »:

– femme coréenne de 50-60 ans.

– cheveux courts noirs, permanentés.

– visière anti-UV géante.

– look n.1: attirail de randonneuse de compèt’: veste de rando fluo, pantalon de rando, chaussures de rando d’un autre fluo, bâton de rando (parfois un dans chaque main) et sac à dos de rando, encore d’une autre couleur fluo.

(pour info, le look rando est très populaire en Corée et n’est pas du tout considéré comme ringard…les couleurs bariolées, si, par contre)

– look n.2: top en zèbre, pantalon large à fleurs ou l’inverse; variations infinies avec les carreaux, les petits pois, les rayures et l’imprimé panthère.

Ajumma Seoul Style

Mais le must de l' »Ajimma attitude », c’est la façon qu’elle a de régner en maître(sse) dans l’espace public.

– Elle bouscule dans le métro dès qu’elle voit une place et malheur à celui qui aura la mauvaise idée de lui voler sa place!

Chasse à la place!

– Elle s’arrête brusquement en plein mouvement de foule, parce qu’elle a repéré un truc dans le magasin à l’autre bout de la rue; en sens inverse. T’es devant elle? Hors de là, malheureux!

– L’Ajumma se balade souvent en groupe, et là, c’est encore pire. Une armée en marche. En plus, t’as les yeux qui saignent quand tu les vois, tellement y’a de couleurs différentes.

Au départ, je pensais que nous étions les seuls à les craindre, nous autres, pauvres étrangers. Oui, mais non. En fait, tout le monde les craint. Ce sont les seules autorisées à traverser à l’endroit qu’elles préfèrent, par exemple; même en dehors des passages cloutés; même quand le feu est rouge. Et personne ne leur dira rien!(Par contre, n’essaie même pas, c’est la mort assurée, et dans d’atroces souffrances.)

Ajummas fluos

Bon, mais pourquoi personne ne leur dit rien ici? Tout simplement parce que l’Ajumma mérite. Elle a été élevée juste après la guerre, dans les privations et la rigueur de l’époque. Elle a été mariée tot, a travaillé pour remonter le pays, en plus d’élever les enfants, faire tourner la maison et tutti quanti. Maintenant, les enfants sont grands, elle n’a plus besoin d’être aussi féminine qu’avant, quand il fallait faire bonne figure devant les collègues et plaire à son mari. Le mari, si ça lui plaît pas, c’est pareil. Elle en a chié, alors, maintenant, elle fait ce qu’elle veut, ou elle veut, quand elle veut. Et elle le fait entendre. Cette aura lui donne un respect unanime de la population. C’est même assez drôle de voir les mecs rentrer la tête dans leurs épaules quand ils voient une ou des Ajummas approcher!!

Les Ajummas, c’est le mal!

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