Nous quittons le Japon encore une fois et je me réjouis d’y être venue à une époque différente de l’année, quand les feuilles des arbres commencent à prendre de jolies couleurs d’automne.
Il nous faudra quand même revenir pour profiter complètement des érables japonais, les « momijis » 紅葉  rouges à perte de vue. (Trop dommage d’être obligés de revenir…)

Momiji vus d’un temple à Kyoto

Et comme pour la courte période de floraison des cerisiers que nous avons eu la chance de partager avec eux cette année, les japonais ont leur façon toute personnelle de vivre la chute des feuilles rougies ou jaunies. Ils appellent ça le « kôyô » (ou « feuille rouge », 紅葉). Les observateurs auront remarqué qu’il s’agit des mêmes kanjis que pour « momiji », l’érable japonais. A l’origine, l’érable se disait « kaede », mais il est tellement associé à sa feuille rouge, que les caractères « feuilles rouges » sont devenus synonymes de l’érable.
La saison du « kôyô » s’étend à partir de mi-septembre à Hokkaido, dans le nord du Japon, jusqu’au sud sur environ 50 jours; comme pour le hanami, les dates exactes varient chaque année et déjouent souvent les prédictions des professionnels, au grand dam des japonais qui posent quelques rares jours de congés pour observer ce phénomène aux endroits les plus populaires, comme à Kyoto. Pour avoir les dates les plus exactes possibles, c’est.
Mais les « kôyô » n’est pas seulement représenté par le momiji, le gingko est aussi à l’honneur. Celui-ci est célébré pour sa longévité et sa résistance, à tel point que la capitale japonaise a choisi sa feuille comme emblème. On dit aussi que c’est le premier arbre à avoir repousser après les catastrophes nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki…

Gingko jaunissant au chateau d’Osaka

Au printemps, les japonais fêtent le « hanami » 花見: la célébration des fleurs, (hana= fleurs mi=regarder), notamment des cerisiers, mais aussi des pruniers.
A l’automne, ils fêtent le « momijigari » 紅葉狩: »chasse aux feuilles rouges » Il s’agit encore de rendre hommage à la nature et de se rappeler tous ensemble l’impermanence des choses et les cycles de la vie: le temps passe, les choses changent, les pétales de fleurs tombent avant de donner des fruits, les feuilles jaunissent, rougissent et tombent…  C’est la vie (en français dans le texte).
Et comme pour le hanami, les familles et les amis se réunissent pour pique-niquer sous les momiji et les gingko; ramasser les feuilles tombées est une occupation traditionnelle du week-end pour les enfants pendant le momijigari. D’ailleurs, on appelle parfois les mains des bébés « de minuscules feuilles d’érable« .

Momijigari, la « chasse aux feuilles rouges »

Ça me rappelle les feuilles rougies que je ramassais chez ma grand-mère quand j’étais petite, j’adorais les choisir et les garder; pas longtemps, puisqu’elles se desséchaient, bien sûr. Ça et les « hélicoptères » (les fruits des érables) qu’on ramassait sur le chemin du retour de l’école.
C’est très agréable de voir célébrée cette période de l’année comme ils le font au Japon; chez nous, certes,  les érables sont rouges, mais c’est aussi novembre son froid, sa pluie, son gris, son changement d’heure qui nous met la nuit à 17h…Au Japon, on croirait une période de fête et on peut voir des feuilles d’érable et des chataignes partout:
– en déco dans les restaurants au milieu des sushis ou des ramen
– en plat: les « momiji tempura » sont des feuilles d’érable rougies salées et frites

Momiji tempura

– en pâtisserie, comme ces « kozue no aki » 梢 の 秋
– en boisson dans les « coffee shops »: le marron latte, trop miam!!

Marron Latte!

– sur les kimonos: il existe tout un code de motifs saisonniers sur les kimonos; à chaque mois ou saison son motif caractéristique. En automne et en novembre plus particulièrement, c’est la saison de la feuille d’érable.

Momiji no kimono

– et bien sûr, sur les ongles:

Manucure d’automne

En bonus, la recette du Marron Latte:
– un espresso
– 10 ml de sirop Monin à la chataigne, ces sirops français idôlatrés par les Japonais
Mélanger
– 120 ml de lait (de soja, de noisette)
Chauffer le lait jusqu’à obtention d’une mousse et verser sur le café-sirop.
Déguster!

Momijigari

Enfin, à noter: « la feuille d’érable et le daim » (« momiji ni shiga ») sont deux symboles fréquemment représentés ensemble dans l’art japonais ou dans le jeu de carte traditionnel; l’expression désigne deux éléments bien assortis, « les deux font la paire »,  un « nice couple », en somme!

La feuille d’érable et le daim, la bonne paire! Jeu de Hanafuda

Alors pour passer un bon mois de novembre, le mois que je trouve le plus glauque de toute l’année, un bon gâteau, un marron latte et les pieds au chaud sous le kotatsu en compagnie de son daim préféré! L’automne est quand même bien moins triste comme ça, non?

Un blog très intéressant d’une japonaise, écrit en anglais: Fourseasonsinjapan

http://ichinen-fourseasonsinjapan.blogspot.jp/2011/10/foliage-season.html

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