Il y a des sujets qui reviennent sans que tu l’aies décidé; ou pas vraiment. Je suis tombée hier sur cet article d’Aujourd’hui le Japon: « Les naissances « naturelles » du Docteur Yoshimura« , basé sur le documentaire de France 5, « Naître au Japon ».

 

Vidéo

 

Je t’encourage grandement à regarder cette vidéo de 14 minutes. C’est une première approche du travail du Dr Yoshimura Tadashi, gynécologue japonais de 78 ans, qui accompagnent des femmes enceintes dans sa maison de naissances à Okasaki, dans la banlieue de Nagoya. A la fin de leur grossesse, les femmes viennent habiter dans cette vieille maison et vivent comme à l’époque Edo (1600-1868)…Elles accouchent de façon naturelle.

Mais si tu as vu « Le Premier Cri » (2006) de Gilles de Maistre, ça te rappelle sûrement Yukiko; car c’est dans cette même maison de naissances que se déroule le mini-reportage.

Yukiko accouche près de son mari et sa fille de 3 ans

Enfin, si tu as vu, mais ce serait plus étonnant, Genpin (2010), de Naomi Kawase, rebelote, le reportage se déroule aussi dans cette maison de naissances.

Affiche de Genpin,        Naomi Kawase

 

Bande-annonce de Genpin

 

Naomi Kawase, cette réalisatrice japonaise, a déjà à son actif un documentaire « Naissance et maternité » (2006) et une scène d’accouchement très belle dans « Shara »; une scène auto-biographique comme on peut le voir dans « Naissance et Maternité » où elle filme son propre accouchement.

 

Que peux-t-on en dire de cet endroit? Des tas de choses, bien sûr.

D’abord, ce reportage de France 5 est très incomplet à mon sens. Présenté comme il l’est, il constitue une magnifique occasion de rejeter en bloc les maisons de naissances et l’accompagnement non-hypermédicalisé de la grossesse et l’accouchement et de faire passer les gens qui les défendent pour des illuminés.

 

Le Dr Tadashi Yoshimura, gynécologue japonais de 78 ans, donc, accompagne depuis 45 ans des femmes enceintes pour leur permettre de retrouver « leur capacité à enfanter ». Son postulat est simple: la médicalisation de l’accouchement crée des complications,  alors accouchons de façon la plus naturelle possible, ça ira mieux.  Les femmes savent accoucher. Bon.

 

Bien sûr, c’est très criticable. D’aucuns diront immédiatement que la médicalisation a sauvé et continue aussi de sauver des vies; des vies de femmes, d’enfants. Et ils auraient évidemment raison. Comment ne pas être d’accord avec ça?

D’autres diront que faire couper du bois et priver les femmes d’eau courante et d’électricité, c’est ridicule et archaïque; voire dangereux. Je dis qu’il pousse le bouchon un peu loin avec son « mode de vie à la samouraï« ; mais qu’il faut peut-être regarder un tout petit peu plus loin que le bout de son nez. Bouger pendant la grossesse, c’est possible, si tout va bien. Chez nous, on dit aux femmes de bien se reposer pendant toute la grossesse et surtout, au 9ème mois, de bien bouger, maintenant, faut y aller, ma p’tite dame! Facile, de monter les escaliers 4 à 4 à 38 semaines quand on a été allitée toute la grossesse, non?…

Chez M. Yoshimura, ces femmes sont suivies, examinées (sans toucher vaginal, tout de même, mais rappelons que les anglais n’en font pas non plus et ont des meilleurs chiffres de prématurité qu’en France). Elles ne sont donc, comme dans toute maison de naissances, suivies et accompagnées pour l’accouchement que si tout va bien. Sinon, elles sont réorientées en cours de route. Il a beau paraître illuminé comme ça, il n’est pas fou non plus.

Par ailleurs, leur façon de couper du bois est très intéressante: elles mobilisent leur bassin sans abîmer leur dos, font travailler leur périnée, favorisent des contractions en levant les bras en l’air (cf. le lavage de carreaux par chez nous) et favorisent un bon retour veineux par ces mouvements de flexions. Magnifique, la coupe du bois!! (C’est une idée pour les cours de prépa, non?!)

Coupons du bois!

 

L’idée de vivre en communauté dans le dernier mois de le grossesse est elle aussi très intéressante. C’est une pratique assez fréquente au Japon, de retourner vivre chez sa mère à la fin de sa grossesse.

La première particularité est ce qu’on appelle en japonais le « Satagaeri« , en français, le retour à la maison. Quelques mois avant l’accouchement, il est fréquent que la future maman retourne chez ses parents pour accoucher dans sa ville natale. C’est parce qu’au Japon, traditionnellement, la mère de la future maman s’occupe de sa fille à la fin de sa grossesse et du bébé lors de son arrivée. Article d’une japonaise vivant au Québec sur l’accouchement au Japon – 2006.

 

Quand on voit toutes ces femmes seules, voire très isolées pendant la grossesse, parfois loin d’un quelconque entourage maternel ou féminin, quand on sait que la majorité des japonaises vivent dans des villes de plus d’un million d’habitants, je comprend cette envie. Cuisiner ensemble, vivre ensemble, ça construit, ça soutient.

 

Mais je ne comprend pas le manque de place faite au père…cet homme qui nous répond qu’il ne « peut rien faire pour aider (sa) femme » à part « travailler pour gagner (leur) vie »…J’ai envie de le prendre dans mes bras et de lui faire un gros câlin. Quelle tristesse!! Mais bien sûr qu’il peut « faire des choses » pour aider sa femme!! Je peux lui expliquer, s’il veut!! Et puis parfois être vaut mieux que faire

Alors, M. Yoshimura, s’il-vous-plaît, je sais qu’à votre époque, pourtant un peu plus récent que celle d’Edo, les pères n’avaient pas le droit de rentrer en salle de naissances, et qu’aujourd’hui encore, il n’est pas courant que le père soit là, mais certaines évolutions sont peut-être nécessaires…

(Et parmi ces évolutions,  je ne parle pas de la « perfusion pour accélérer le travail »…on m’aura comprise.)

 

Alors, oui, il va un peu loin, le petit père Yoshimura.

-« On ne devient une vraie femme qu’en accouchant. » Merci bien, je vais pleurer, je reviens.

– « De nos jours, on mange trop et on ne travaille pas assez. » Pour rappel, il est japonais; si eux ne travaillent pas assez, je ne sais pas ce qu’il lui faut…

– « Le monde de l’obstétrique condamne la mort d’une femme ou d’un nouveau-né. Ils ont tort; s’il y a la vie, c’est parce qu’il y a la mort. » Euh… oui. C’est difficile à intégrer sans avoir une vision bouddhiste de la vie. Donner la vie, c’est donner la mort. Le cycle de la vie et de la mort. Certes.

-« Une femme peut ne pas aimer son enfant si elle ne l’a pas senti naître. » j’ai mon avis sur la question, en tant que sage-femme. La phrase est choquante. Mais c’est une question complexe, qui peut apparaître très culpabilisante et qui nécessite un long développement.

 

Mais, si l’on veut bien enlever ses oeillères, il a l’avantage de faire réfléchir, ce cher Yoshimura. A chacune et chacun de se faire son avis.

 

Pour aller plus loin: l’article traduit sur la naissance au Japon, de Wikipedia.

 

 

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