Dernière étape de notre petit tour asiatique, Singapour. On n’était pas particulièrement réjouis d’y venir, au départ. D’abord, parce que ça sent la fin du voyage. (J-5…) Ensuite, parce qu’après avoir fait ce merveilleux pays qu’est le Cambodge, Singapour nous apparaissait comme un monstre ultra-urbain à mille têtes.

Et finalement…au premier abord, l’endroit m’a séduite! Ca reste un des « dragons asiatiques » avec tout ce que ça comprend de buildings démesurés et de femmes habillées en Prada-Chanel-Missoni à tous les coins de rues. J’ai remarqué d’ailleurs que, elles, elles ne s’habillent pas en survêt avec leur sac griffé…toute leur garde-robe est assortie, hein. Ben quoi, c’est normal, d’avoir 10 000 dollars de fringues sur soi, non?

Mais ce qui est assez agréable et surprenant, en fait, c’est l’ordre. La propreté. Le sentiment de sécurité. Au départ, c’est hyper confortable:

– On se surprend à marcher sur des trottoirs sans regarder à chaque pas où l’on met les pieds. Bon, de ce côté-là, notre référentiel part de loin: marcher sur des trottoirs nous paraît déjà merveilleux. (Une belle invention, le trottoir, faudra que je pense à remercier M. ou Mme Trottoir).

– On se surprend à remarquer que tout est propre. Tout. On pourrait manger par terre. Ou juste marcher pieds nus? (Nan, en fait, il fait trop chaud pour ça…je sais, je sais, vous allez me dire: « t’inquiète, dans 5 jours, tu rêveras d’après-ski »).

– On se surprend à se balader la nuit dans des ruelles (un peu plus) sombres et ben, même pas peur. Singapour est en effet le pays où le taux de criminalité est le plus bas: pas facile de faire mieux, il est proche de 0. Zé-ro. Oui, c’est possible.

Mais où est l’ovaire dans le potage, alors? Là, justement. C’est trop propre, trop bien rangé, trop calme. Et oui, car, pour en arriver là, ils ont un peu serré la vis: tout est interdit. Ou presque. Ou passible de la peine de mort. Des centaines de panneaux noirs et blanc barrés de rouge nous le rappellent partout. Avec, nouveauté, le montant de l’amende en cas de contrevenant. Dissuasif, visiblement. Il est donc, entre autres, interdit:

– de fumer. Ca, ce n’est pas moi qui m’en plaindrait. Plus à subir les cigarettes toxiques que j’ai choisi de ne pas consommer. Mais là, ils vont loin. Non seulement la rue est le seul endroit autorisé, mais attention au mégot: interdit de le jeter ailleurs que dans un cendrier. (En même temps, ça paraît évident).

Oui, dans le quartier malais, les bars à shisha pullulent; j’adore l’odeur dans la rue et le charme oriental de ces endroits.

– de manger et de boire dans le métro. Au moins c’est clair. Autant au Japon, il te font comprendre que c’est mal poli, autant ici, c’est interdit.

– de manger du chewing-gum. D’ailleurs d’acheter du chewing-gum. D’ailleurs, de vendre du chewing-gum. (Mais si l’envie te prend de faire du trafic avec Batam, l’île indonésienne à un jet de ferry, sache-le.) De toute façon, le chewing-gum, c’est du pétrole, alors.

(Sinon, y’a un chewing-gum biodégradable…on leur a dit, à Singapour?)

– de traverser en dehors des passages cloutés. Au départ, je ne comprenais même pas le pannonceau: interdit de marcher dans la rue?? (Plus rien ne m’étonne,…) En fait, c’est interdit de traverser en dehors des passages cloutés. Mais vraiment, interdit. D’ailleurs, ils ont construit des passages souterrains un peu partout pour éviter de se faire découper en morceaux en traversant (rien à voir avec le trafic parisien, ici…)

– Ca doit être pour la même raison que c’est interdit de faire du vélo! Enfin, dans la plupart des rues, à fort trafic, donc. Au moins, tu ne risques pas la queue de poisson de ce pù%t@! » de taxi avec ton Vélib’.  (pour info, 1000 dollars singapouriens c’est quand même 660€!)

– Allez, un dernier pour la route, il est interdit d’uriner. Dans la rue. Enfin, je crois. (Tu remarqueras que ça coûte moins cher de se faire prendre en train de soulager sa vessie que de vouloir être écolo en allant au boulot à vélo).

Bref, tout ça me perturbe. A la fois, c’est visiblement efficace. A la fois, ça doit être énervant de toujours réfléchir avant de faire un truc, y compris soulager un besoin fondamental…après manger et boire, dormir est aussi interdit en public!

Attends…j’ai le droit de critiquer, d’ailleurs? Merde…je crois que je vais peut-être rester à Singapour. En prison.

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