Le clou d’Eugénie

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Voilà, nous sommes de retour. Encore un peu là-bas, pas tout à fait ici, je visionne les photos de ces endroits inédits qui ont été un peu « chez nous » pendant quelques temps. Certains moments me reviennent particulièrement en mémoire. Des rencontres, des sourires, des découvertes.

Parmi elles, on l’aura compris, les médecines ancestrales, à Bali, au Sri Lanka, en Corée, m’ont une fois de plus interpellée. Chaque fois, j’essayais d’y voir les applications possibles en obstétrique. J’ai trouvé quelques petites merveilles.

Le Clou de Girofle

Nous avons vu des girofliers en Indonésie et au Sri Lanka, mais ils poussent aussi en Inde, au Pakistan et à Madagascar. Souvent associé aux algies dentaires, le clou de girofle n’est pas particulièrement apprécié dans nos contrées. Pourtant, son nom latin, Eugenia caryophyllus fait allusion à Sainte Eugénie, une des patronnes des sages femmes (1). (« Eu-génie » signifiant « bien née », on reste dans la thématique). Et, ce qu’on appelle « clou de girofle », c’est le bouton floral non éclos du giroflier; raison pour laquelle il est dit qu’il symbolise la naissance et l’être en devenirPeut-être vaut-il le coup qu’on s’y attarde un peu….

Clou de Girofle

Clou de Girofle (Photo credit: JuanChristophe)

L’huile essentielle de clous de girofle accompagne merveilleusement bien l’accouchement. En effet, en plus d’avoir une forte action antalgique et anesthésiante, comme nous le confirmeront nos amis dentistes, cette huile essentielle favorise les contractions utérines. On comprend pourquoi il s’agit de la bannir pendant la grossesse, en dehors du 9ème mois. En association avec l’huile essentielle de Palmarosa, elles forment par contre un duo incontournable des salles d’accouchement.

Ses propriétés sont impressionnantes:

Anti-bactérien à large spectre, Anti-viral, Anti-fongique, Anti-parasitaire, Antiseptique, Neurostimulant, Utérotonique, Hypertenseur, Cautérisant cutanée et pulpaire, Anesthésiant, Stimulant immunitaire, Stomachique ( facilite la digestion) et carminatif (favorise l’expulsion des gaz).

(Toutes ces propriétés sont de plus en plus éprouvées par des études scientifiques. Pour les curieux, Pubmed, site qui recense le plupart des études médicales publiées, c’est par là.)

Ainsi, on retrouve souvent la présence de clou de girofle dans des recettes traditionnelles de sages-femmes, en Asie du sud-est, en Inde et au Sri Lanka et en Chine également. Très énergétique, il fait partie de la pharmacopée des médecines ayurvédique et traditionnelle chinoise. En MTC, il s’appelle  ding xiang; il est associé aux méridiens de l’Estomac, de la Rate et du Rein. (Chinesemedecinewiki). On l’utilise pour traiter les déficits en énergie yang, notamment les Vides de Yang de Rate, pour « chauffer le réchauffeur moyen », c’est-à-dire pour apporter du yang, de la chaleur, dans la partie médiane du corps. Plante très active et très réchauffante, donc, on évite de l’utiliser si la personne a déjà beaucoup de Feu. C’est le cas des personnes avec un déséquilibre Pitta, en médecine ayurvédique. (Faire le test des doshas.)

Ding Xiang: Giroflier tel qu’il est utilisé en médecine traditionnelle chinoise. (tcm.health-info.org)

Intuitivement, je l’associais souvent à la cannelle et j’ai eu la surprise de découvrir que les deux possédait une forte teneur en eugénol (70 à 85%) qui leur confère une très forte note aromatique et des propriétés similaires…Mais…

(…) contrairement à la Cannelle de nature yang (masculine), la Girofle est de nature Yin (féminine) et sera privilégiée dans les périodes de grands bouleversements féminins, accouchements, ménopause… Blog

C’est pas beau, ça?

Quelques exemples d’utilisations du Clou de Girofle en obstétrique:

HE= huile essentielle

HV= huile végétale (toujours privilégier une huile 1ère pression, extraite à froid et bio de préférence)

Pour favoriser le déclenchement des contractions en cas de grossesse prolongée (soit à partir de 41 semaines d’aménorrhée) ou renforcer les contractions pendant le travail, d’après le Dr D. Baudoux:

HE Thym à saturoïdes : 0.5 ml

HE Clou de girofle : 1 ml

HE Palmarosa : 2 ml

HE Néroli : 0.5 ml

HV Noisette : complément à 15 ml

Grossesse prolongée: 6 à 8 gouttes dans le bas du dos (région sacrée) 3 fois par jour et 3 gouttes matin et soir en sublingual jusqu’au déclenchement des contractions.

Renforcement des contractions pendant le travail : 6 à 8 gouttes dans le bas du dos (région sacrée) toutes les 30 minutes jusqu’à délivrance.

En version plus simple, sans le Néroli ni le Thym:

HE Palmarosa 9 ml

HE Clou de girofle 1 ml

HV Noisette ou Sésame  10 ml

– pendant la période de travail en vue de l’accélérer : 10 gouttes au niveau du sacrum en massage toutes les 10 à 15 minutes

– pour essayer de déclencher les contractions au terme de la grossesse : 15 gouttes au niveau du sacrum trois fois par jour

Je me rappelle aussi cette femme, d’origine marocaine, qui m’a raconté comment sa grand-mère sage-femme préparait la fin de la grossesse de ses patientes: elle faisait macérer « une poignée » de clous de girofle dans une bouteille d’huile d’argan et en massait les dos des femmes en fin de grossesse et pendant le travail. « Comme ça », m’a-t-elle dit, confiante, « pas de douleur ». Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de lui demander son témoignage après son accouchement à elle…

Le massage du périnée, effectué dès 34-35 semaines d’aménorrhée, peut être fait avec une formule maison:

HE Mandarine jaune : 0.3 ml

HE Clou de girofle : 0.3 ml

HE Lavande fine : 0.5 ml

HE Estragon : 1 ml

HE Camomille romaine : 1 ml

HV Millepertuis : complément à 30 ml (très forte action cicatrisante du millepertuis, mais elle peut être remplacée par de l’huile d’amande douce bio)

4 à 5 gouttes , localement sur le périnée 2 à 3 fois par jour, dès la 36ème semaine.

Un guide de massage du périnée de Weleda en format PDF, c’est par là. Mais pas besoin d’avoir LEUR huile de massage du périnée…

Traditionnellement, dans l’archipel indonésien des Moluques, on plante un giroflier à chaque naissance; la bonne croissance de l’arbre est signe de bon augure pour l’enfant.

Enfin, pour aller plus loin et réfléchir à l’action psychique de ce Clou si puissant, on peut imaginer qu’il favorise également le passage à l’acte en général, qu’il invite à sortir du cercle vicieux de la procrastination.

En femme sage, l’huile essentielle de Girofle développe et améliore la force intérieure et la vision. Elle nous invite à l’action concrète et nous apporte sa force vitale pour nous faire passer à l’acte, nous faire sortir du labyrinthe des peurs et des doutes, nous faire accoucher de nous-même. Blog 

 

Important! Mises en garde:

– L’usage interne de l’huile essentielle de clou de girofle est réservée au thérapeute. En usage externe, elle doit être diluée au maximum à 20% dans une huile végétale. Pour tout usage thérapeutique des huiles essentielles, consultez un médecin, une sage-femme ou un pharmacien formé en aromathérapie.

– Pendant la grossesse, il convient plus que jamais de ne pas pratiquer d’auto-médication, y compris avec des huiles essentielles ou de la phytothérapie, qui, n’en déplaise à certains, peuvent être très actives. Les indications données ici ne dispensent en aucun cas de demander conseil et avis à son consultant (sage-femme, gynécologue ou médecin généraliste).

– En dehors du 9ème mois, l’huile essentielle de clou de girofle est déconseillée aux femmes enceintes; elle l’est aussi pendant l’allaitement au sein et pour les enfants de moins de 6 ans.

(1) Avec Marguerite, Ségolène, Raymond Nonnat, Damien et Liberata selon les sources…

(2) L’eugénol est d’ailleurs le composant responsable des allergies au clou de girofle:

Un composé naturel contenu dans cette huile essentielle peut présenter un risque d’allergie chez certaines personnes sensibles lorsque l’huile essentielle est incorporée dans une composition cosmétique (selon le 7ème Amendement de la Directive Européenne relative aux produits cosmétiques (2003/15/CE)): eugénol.
En règle générale, faites toujours un test d’application de votre préparation, dans le pli du coude, au moins 48h avant de l’utiliser. (Aroma-zone.)

Les enchaînés du paradis

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Si l’on devait identifier un endroit sur la planète qui ressemble le plus à l’image qu’on se fait du paradis, Bali aurait sûrement une bonne partie des suffrages. Petite île perdue au milieu des milliers d’îles indonésiennes, elle canalise d’ailleurs la plupart des touristes du pays. Surf, plage et clubs d’un côté, spas, yoga et cuisine bio végétarienne de l’autre, Bali regorge de ressources.

Mais la vie est faite d’ombre et de lumière, de yin et de yang. L’envers du décor n’est donc pas très beau à voir. Ce mercredi 10 octobre se déroulait la Journée Mondiale de la Santé Mentale de l’OMS. Et en Indonésie, à Bali, ils ont quelques progrès à faire de ce côté-là.

C’est un reportage sur TV5 Monde qui m’a interpelée. Le Dr Suryani, psychiatre, est filmée en tournée dans les villages, pour prendre en charge les malades mentaux de l’île, qui n’ont pas de structure pour les accueillir. La population a donc trouvé une solution, efficace, s’il en est: les malades restent dans la maison de leur famille, mais y sont enchaînés, à l’écart, dans la cour. La chaîne aux pieds. Les boulets des familles. Au XXIème siècle.

Une femme explique à l’écran que la famille n’a plus assez d’argent pour emmener son frère à l’hôpital et que sinon, il est trop agressif, pour les voisins. Il y aurait environ 250 malades enchaînés dans des arrière-cours à Bali. Des « pasung », mot indonésien qui désigne le pilori sur lequel on exposait jadis les condamnés au public. (Libé). Cette coutume, le « pasungan« , est interdite en Indonésie, mais elle subsiste par manque de moyens.

Ketut, schyzophrène, « enchaîné depuis des années »
TV5 Monde

Le Dr Suryani a donc fondé un institut de psychiatrie en 2005 à Denpasar, la « capitale » de Bali, devant le vide complet de la prise en charge des malades psychiatriques dans l’île. Il y aurait 9000 malades nécessitant des soins en structure pour seulement 700 lits à Bali. Elle fait donc le psychiatre itinérant, comme le montre le documentaire de Julien Félix, Sébastien Mesquida et Yann le Gléau (What’s up Productions) diffusé en 2010 sur Arte et le reportage de TV5 Monde de ce mercredi.

Enchaîné
AFP

Pas assez de structures, pas assez d’argent pour les médicaments (malgré le Jamkesmas), pas assez de psychiatres, pas assez d’écoute et de soutien pour ces malades et leurs familles.

Le Dr Suryani semble avoir de bons résultats, d’après le reportage, avec les patients qu’elle prend en charge. Arrêt des médicaments, patients libérés de leurs chaînes…Mais son projet apparaît malgré tout contestable. Dans la Gazette de Bali en 2010, l’auteur de cet article nous explique comment elle attribue l’augmentation des maladies psychiatriques, notamment les dépressions, à l’envahissement des mosquées et des églises…Extraits:

« Depuis l’explosion du tourisme dans les années 90, qui a apporté drogue et alcool, les jeunes Balinais souffrent de nombreux troubles mentaux. »

« Dans certains quartiers de Denpasar, il y a maintenant plus de “pendatang” que de Balinais. Regardez tous ces “kaki lima”, ces réseaux de prostituées venues de Java, tout ça est organisé sciemment » (« pendatang » = immigrés)

« Toutes ces églises et ces mosquées qui se construisent partout sont aussi à l’origine du malaise. Les Balinais sont trop passifs, ils ne protestent pas et souffrent en silence »,

Rappelons que Bali est une « enclave » hindouiste au milieu du pays musulman comportant le plus de pratiquants au monde. Et un énorme aimant pour les populations pauvres de Java, Lombok, Flores et du Timor, qui veulent, elles aussi avoir un petit bout du gâteau bio de Bali. Une situation pas toujours facile à gérer pour les différentes communautés;  pourtant la devise de l’Indonésie, c’est: « Bhinneka Tunggal Ika« , « Unité dans la diversité ».

Et c’est bien dommage que ça ne soit pas si vrai en pratique; les discours politiques identitaires du Dr Suryani ont entraîné l’arrêt des subventions gouvernementales:

Le gouvernement provincial de Bali avait accordé près de 400.000 euros en 2009 au Dr Suryani, qui se finançait jusqu’alors sur ses propres deniers, mais la subvention publique a été annulée, à la suite de critiques de la profession sur les méthodes jugées peu orthodoxes de la psychiatre. (Libé)

Une seule psychiatre sur toute l’île a un projet et une démarche intéressante, et il faut qu’elle gâche tout avec des dérives extrémistes…Quel dommage.

Dr Suryani et une de ses patientes
TV5 Monde

En attendant, les malades ont besoin d’aide, les famille aussi, pour changer les esprits et montrer que c’est possible autrement, en respectant les droits les plus fondamentaux de l’homme.

Le gouvernement indonésien a l’air d’en être conscient. Mais le directeur de la santé mentale au ministère de la Santé, le Dr Diah Setia Utami est honnête:

« Nous nous étions fixés pour objectif de libérer l’ensemble des pasung d’ici à 2014 mais nous l’avons révisé à 2020. Il y a un gros travail de prise de conscience à faire, afin de changer cette culture et de libérer les malades ». (Libé)

C’est pas gagné.

 

 

Pour voir le documentaire sur Arte, suivez ce lien:

Bali: les enchaînés.

 

Les coordonnées de l’institut du Dr Suryani:

Suryani Institute for Mental Health

Jl. Gandapura No.30 Denpasar Bali – Indonesia

Tél. 361 46 75 53

www.suryani-institute.com

suryani@suryani-institute.com

Les porte-bébés du voyage

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Forcément, même en voyage, je reste une sage-femme. Alors je ne peux pas m’empêcher d’observer les pratiques de maternage dans tous les pays que nous traversons. Un des éléments les plus visibles sur la place publique, c’est le portage des bébés.

La première chose qui m’a frappée, c’est qu’on est vraiment des quiches en France. Bon, ok, ça commence à changer, et la mode bobo-bio du portage en écharpe a apporté beaucoup de bons changements dans cette histoire. Mais il subsiste malheureusement des tas de « kangourous », ces affreux porte-bébés tellement anti-physiologiques. Les seuls que je n’ai JAMAIS vus en 7 mois de voyage. On est forts, quand même.

Stop au Kangourou!!

Petit rappel des principes du portage en bon accord avec la physiologie:

  • Les membres fléchis et regroupés vers le centre du corps
  • Les genoux à la hauteur du nombril
  • Le bassin basculé en avant
  • Le dos est rond
  • Position de la tête dans l’axe de la colonne
  • Tête pas trop penchée en avant, ni en arrière, ni sur le côté
  • Les chevilles ne sont pas en rotation par rapport aux tibias et fémurs
  • Avant 3-4 mois, l’écart des genoux est égal à la largeur du bassin
  • Après 3-4 mois, (quand bébé peut saisir ses pieds tout seul) l’écart des genoux peut être plus large, il peut embrasser le porteur.

En gros, on respecte la position naturelle du bébé, regroupée, en quadri-flexion, la tête dans l’axe de la colonne.

Position naturelle du nouveau-né
Jeportemonbebe.com

Pourquoi?

  • pour respecter le développement psycho-moteur de l’enfant, dont la musculature du dos se développe de façon craniô-caudale (de la tête aux pieds: on tient sa tête avant de marcher)
  • pour sécuriser l’enfant: le contenir est somme toute assez logique après son développement intra-utérin; cela lui permet en plus d’attraper ses mains très facilement et de ne pas lutter avec la pesanteur, d’être donc plus détendu, sécurisé, et de…dormir.
  • pour le porteur, évidemment, la bonne position du bébé permet de porter son bébé longtemps sans dommage.

En France, ça donne ce genre de choses, en sachant qu’on trouve des vidéos d' »apprentissage » par dizaines sur la toile.

Le double-croisé

 

En Thaïlande, au Laos et au Vietnam (et j’en suis sûre, au Cambodge aussi, mais c’est pour le mois prochain), dans toutes les ethnies minoritaires que nous avons vues, les bébés sont tous portés sur le dos, sur le ventre, sur le côté; par leur mère, leur petite sœur, leur grand-mère. Mais bizarrement, les accessoires de portage sont beaucoup plus simples que par chez nous. La plupart du temps, un simple bout de tissu et hop! c’est parti! Pas de noeud compliqué, pas de tissu sergé-croisé-dans-le-sens-des-fibres, pas de cours en 10 volumes pour apprendre à faire le noeud.

Ici, je les ai classés par population rencontrée, mais un classement par type de porte-bébé aurait été une autre solution.

THAI NOIRS

Porte-bébé chez les Thai Noirs au Laos                 Photo Mastacloue

Là, c’est le plus simple de tous les portages: un bout de tissu, le bébé sur la hanche et hop, c’est parti. On a vu ce « porte-bébé » partout en Thaïlande, au Laos et au Vietnam.

HMONG

(et il existe toutes sortes de Hmong: noirs, rouges, fleuris…)

Quand j’ai demandé à ce vieux tailleur qui m’a fabriqué deux porte-bébés hmong comment on le nouait, il m’a dit: « Tu mets le bébé dedans et tu l’attaches. » Certes.

Porte-bébé hmong acheté au Laos
Photo Mastacloue

Ça a l’air facile, effectivement, vu comme ça:

Porte-bébé hmong au Laos
Photo Mastacloue

YAO

Les porte-bébés des ethnies minoritaires que l’on rencontre dans ces pays d’Asie du Sud-Est sont souvent richement brodés et travaillés et les bébés portent une coiffe qui les protègent du vent et des mauvais esprits. Il est intéressant de noter que le Vent est encore une fois une énergie pathogène vue comme très malfaisante.

Porte-bébé Yao

Les porte-bébés sont fabriqués dès le troisième mois de grossesse par les femmes de la famille, souvent la grand-mère maternelle. Au fur et à mesure de la grossesse, elles rajoutent des broderies, des amulettes pour protéger le nouveau-né. On dit qu’à la naissance, le porte-bébé est le « nouveau placenta » du bébé. Le porte-bébé  a déjà toute une histoire émotionnelle, familiale, avant d’accueillir et de protéger le bébé.

DAYAK

Et en Indonésie aussi, le portage est encore beaucoup utilisé. On trouve les Dayaks à Bornéo.

Porte-bébé Dayak

COREE

Bien évidemment, le fameux « podeagi », 포대기 vient de Corée avant d’avoir fait le tour du monde. Après nos bonnes vieilles écharpes-en-sergé-croisé, le podeagi est le porte-bébé le plus tendance de la planète. Suffit de regarder sur un moteur de recherche, c’est effarant…

Podeagi coréen

Sauf que moi, en Corée, j’en ai vu aucun…Elles portent toutes leur bébé, mais dans des porte-bébés hyper high-tech. En langage de « femme-qui-s-y-connait-en-porte-bébé, ça s’appelle un « préformé ».
Ca donne ça:

Podeagi high-tech

Ca donne envie, non??

JAPON

Au Japon, c’est un peu le même combat qu’en Corée: il existe un porte-bébé traditionnel, le « onbuhimo » おんぶ紐 (« onbu » pour les femmes-qui-savent-de-quoi-elles-parlent), mais la plupart des japonaises portent leur bébé avec un préformé type ergo-baby ou Manduca. J’en ai vu certaines avec un « onbu » revisité high-tech:

Onbuhimo moderne

Pour plus d’infos en France:

L’association française de portage des bébés

Portersonbébé, site où les différents types de porte-bébés, notamment asiatiques, sont détaillés.

Papotage autour du portage, un blog bien fait sur les différents types de portage.

Le naturel revient au galop

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La semaine dernière, nous sommes allés visiter la célèbre (si, si) rivière souterraine de Sabang, sur l’île de Palawan, aux Philippines. C’était très impressionnant. Parcourir 8 kilomètres de rivière dans une grotte grouillant de chauve-souris, c’est épique.

Un guide philippin paraissait très fier de nous annoncer que la rivière avait été sélectionnée cette année comme étant une des « 7 nouvelles merveilles naturelles du monde » (New 7 Wonders of Nature). Bon. Alors évidemment, comme moi, vous vous demandez ce que c’est et quelles sont les 6 autres? Voilà, voilà:

1- Rivière souterraine de Sabang, Palawan, Philippines

Rivière souterraine

 

 

 

 

 

 

 

 

2- Ile Jeju, Corée du Sud

Jeju Island

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3-Les chutes Iguazu, Argentine et Brésil

Iguazu Falls

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4- La Baie d’Halong, Vietnam

Baie d’Halong
Galerie Flickr J. Couture

 

 

 

 

 

 

 

 

5- La forêt amazonienne

Forêt amazonienne
Blog WordPress : l’archipeldessciences

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6- Ile Komodo, Indonésie

Komodo Island

 

 

 

 

 

 

 

 

7- Table Mountain, Afrique du Sud

Table Mountain
Blog wordpress Dumirocks

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce classement date en réalité de 2011. L’association suisse à but non lucratif, New7Wonders Foundation, a recueilli 100 millions de votes à travers le monde de 2007 à 2011. L’initiative a suivi celle des « 7 nouvelles merveilles du monde » (« New 7 Wonders of the World« ), qui a, elle aussi, recueilli 100 millions de votes de 2001 à 2007. Allez, je vous mets la liste pour que vous cochiez les cases de votre « bucket list » (« liste de souhaits »):

1- Le Taj Mahal, Inde

2- Chichen Itza, Mexique

3- O Cristo Redentor, Brésil

4- Le Colisée, Italie

5- La grande Muraille de Chine

6- Le Machu Piccu, Pérou

7- Petra, Jordanie

A noter que la pyramide de Gizeh, en Egypte, est la seule « rescapée » des « anciennes » merveilles du monde et a donc un statut particulier. Sympa pour elle.

Bon, sinon, tout n’est pas si simple. Ces deux listes de merveilles ont été obtenues par vote, sur internet et par SMS. Mais rien n’a été fait pour empêcher les votes redondants; c’est-à-dire que chacun pouvait voter autant de fois qu’il le souhaitait. Alors évidemment, les communes ou les pays dont le budget tourisme n’est pas mourant ne se sont pas fait prier pour voter à tout va; quitte à faire une énorme promo, comme aux Philippines, ou carrément à payer des gens pour voter. Vues les retombées économiques, c’est effectivement une bonne stratégie. Le site « New 7 Wonders » est assez parlant sur ce point; ça se sert la main, ça se congratule, ça échange des chèques.

C’est beau, la nature.

Crémation royale à Ubud

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Ouahou. J’ai encore du mal à décrire la journée que je viens de passer. Aujourd’hui, 28 Juillet 2012, se déroulait une cérémonie de crémation, ngaben, d’un membre de la famille royale à Ubud. La dernière avait eu lieu en 2008 pour la mort du roi lui-même.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut savoir que les balinais sont hindouistes, avec le système de castes et la crémation publique, mais aussi animistes. Lorsqu’une personne décède, 3 étapes très codifiées sont nécessaires pour que l’esprit du mort soit purifié et puisse accéder à l’au-delà, puis à la réincarnation:

1) on enterre d’abord le corps après une première série de cérémonies, dans un Pura Dalem, un temple pour les morts. Il semblerait que les corps soient également réfrigérés.
Les familles vivent mal cette période de transition pendant laquelle l’esprit du défunt est prisonnier. Mais ce laps de temps, parfois longs de plusieurs mois, est nécessaire pour plusieurs raisons:

– pour attendre le jour adéquat d’après le calendrier balinais

– pour réunir les fonds et payer tous les préparatifs

– enfin, pour effectuer tous les préparatifs.

Les cérémonies coûtent tellement cher qu’aujourd’hui, en même temps que la crémation royale, se déroulaient dans une autre partie de la ville, la crémation collective de 136 personnes appartenant aux castes moins élevées; les familles se réunissent pour payer tous les frais de la cérémonie.

2) on incinère ensuite le corps lors d’une cérémonie impressionnante, le ngaben, publique et étonnamment joyeuse: l’âme du défunt va enfin pouvoir rejoindre l’au-delà.

3) on dissémine enfin les cendres du défunt dans la mer pour permettre la réincarnation; il se passe encore parfois plusieurs jours entre les deux.

Donc, aujourd’hui, c’était la deuxième phase, la plus impressionnante, la plus chère, la plus étrange pour nous autres, occidentaux.

Petite foule                                                                              Photo Mastacloue

L’ambiance est difficile à décrire; chaque famille de la ville s’est mobilisée, soit parce qu’elle préparait la crémation d’un proche, comme la propriétaire de notre pension, soit parce qu’elle participait à la crémation royale.

La préparation des offrandes battait son plein depuis quelques jours, on sentait tout le monde fatigué mais excité, impatient d’en arriver au grand jour.

Dès hier soir, les premières offrandes ont été déposées au temple et il régnait une agitation inhabituelle dans les rues d’Ubud.

Ce matin, vers 11heures, dans la rue principale, chaque famille a fait défiler un char porté par les hommes de la famille, sur lequel était fixée une sculpture de taureau chimérique, le lembu. Il faut 7 jours rien que pour fabriquer un seul lembu. Souvent, le plus jeune garçon de la famille monte le taureau.

Taureau porté                                        Photo Mastacloue

Sarcophage royal Lembu

Puis, les porteurs mettent en marche un immense lembu, le sarcophage qui recevra le corps pour la crémation royale ainsi qu’une immense tour, « bade », haute de 10 m, dans laquelle repose le corps du défunt royal. A noter qu’il a fallu couper transitoirement tous les cables électriques de la rue pour faire passer la tour!

Le trajet, heureusement est assez court: du palais au cimetière, à quelques centaines de mètres.
Ce qui me frappe, c’est la bonne humeur des porteurs, qui s’encouragent en criant, en s’applaudissant.

Tour royale                                               Photo Mastacloue

Une fois au cimetière, il se passe plusieurs heures de préparatifs compliqués pour enfin mettre le feu au sarcophage:

– le corps est translaté de la tour au sarcophage grâce à de savants échafaudages

– des offrandes et des sarongs sont déposés avec le corps pour qu’il ne manque de rien

– un prêtre vient bénir le corps et prier

Enfin, vers 16h30, le sarcophage est allumé avec de l’encens. Les pompiers sont tout autour. Le lembu s’enflamme avec une ampleur impressionnante en quelques minutes. Une rumeur de soulagement court dans la foule qui a patienté des heures sous un soleil de plomb.

Mise à feu                                                                           Photo Mastacloue

Par contre, une fois la structure brûlée, ils font tomber le corps dans les braises et le « finissent » avec une sorte de chalumeau. C’est déjà suffisamment impressionnant. Sauf qu’en plus, le corps est tombé de travers et ses deux jambes ont largement dépassé de la scène, pourtant bien protégée des regards. Je vous laisse imaginer le cri horrifié des centaines de personnes qui ont assisté à cette scène, moi y compris. Quand je pense à tous ces gamins, que leurs parents ont amenés « au spectacle »!!

Bref…une fois cet incident résolu, la crémation s’est rapidement terminée. Les cendres récupérées seront donc ensuite dispersées dans la mer, a priori dans quelques jours.

De mon côté, j’ai mis quelques temps à récupérer mon estomac dans le bon sens. Je garde un goût d’étrange après cette journée. Un mélange de curiosité, d’humilité face à tant de mobilisation populaire, et d’embarras. Une petite gêne en travers de la gorge.

Sur la pointe des pieds

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Depuis que nous sommes arrivés à Bali, il y a presque un mois, nous nous sommes habitués à ne pas marcher droit. Chaque pas fait l’objet d’une attention particulière. Impossible de hâter le pas; d’ailleurs, ici, c’est parfaitement incongru de vouloir aller vite.

Offrandes à Bali
Galerie Flickr

Pourquoi? Parce que le sol est jonché d’offrandes, les segehans, qui inspirent spontanément le respect. Pourtant, on sait que l’important est de déposer l’offrande, peu importe ce qu’elle devient ensuite. En marchant dans les rues, on croise de nombreuses offrandes qui ont sans doute été piétinées par moins attentif que soi, se dit-on. Ou par les chiens, les chats, les coqs, les gamins…

Ces offrandes déposées à même le sol, devant chaque maison, chaque magasin, chaque restaurant, sont destinées aux mauvais esprits. Les balinais pensent qu’en offrant des présents aux vilains, ils restent tranquilles…

Il existe évidemment des offrandes destinées aux dieux et esprits bienfaisants, mais celles-ci sont placées en hauteur, sur les temples, à l’abri et sont souvent plus jolies. Bé oui, les démons, ils s’en fichent de la beauté, ce qu’ils veulent, c’est manger.

Ce qui est intéressant, c’est que Bali, seule île hindouiste d’Indonésie, est aussi fortement ancrée dans l’animisme. On appelle cette forme d’hindouisme, inspirée d’Inde, de Chine, de Java et de beaucoup d’animisme, le Agama Tirta.

Magasin d’offrandes toutes faites
Photo de woowoowoo

Ce sont les femmes qui préparent ces offrandes; Juni, ma copine de la pension m’a dit qu’elles en fabriquaient au moins 50 tous les jours!! Dès qu’elles ont un moment de libre, elles s’y mettent. Et ça leur prend un temps fou! Les petits paniers, les canang sari, sont fabriqués en feuilles de palmier ou de bananier, artistiquement tressés. Elles y placent des fleurs fraîches, du riz, des gâteaux, et même parfois des cigarettes. Ils sont gourmands, ces esprits.

Bien sûr, dès qu’il y a un évènement particulier, les offrandes prennent des proportions impressionnantes. Là, c’est celle qui a servi à un mariage, toute en riz et en feuilles de coco:

Offrande mariage
Galerie Flickr

Aujourd’hui, c’est le jour de la grande cérémonie de crémation, alors, bientôt un petit topo là-dessus…

 

 

Femme, pauvre et enceinte en Indonésie: tiercé perdant

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Il ne fait pas bon être enceinte et pauvre en Indonésie…

La problématique est universelle : la santé s’achète. Ici, depuis 2005, il existe une assurance santé destinée aux plus pauvres du pays, le Jamkesmas. Soumise à critères de (bas) revenus, cette carte devait faire baisser les mauvais indicatifs de santé du pays. A Bali, un fermier nous a dit que la mesure avait été très appréciée de la population.

Mais il semblerait que certaines cliniques ne s’embarrassent pas de clients qui ne peuvent pas payer, même avec cette carte. (Ca me rappelle quelque chose, non ?) J’ai trouvé un témoignage décrivant des refus de soin déguisés (« Oh ben, y’a plus de lit, finalement ! ») ou même carrément des mauvais traitements infligés aux bénéficiaires du Jamkesmas.

« Il est interdit aux pauvres d’être malades »
Couverture du livre d’Eko Prasetyo

 

Alors, quand l’ONU a établi en 2000 les « Millenium Development Goals » (MDG), les « Objectifs de Développement du Millénaire », l’Indonésie, entre autres,  a été pointée du doigt, notamment sur ses mauvais chiffres de morbi-mortalité maternelle. Le taux de mortalité maternelle du pays est pour l’instant de 230/ 100000 (en 2010), c’est-à-dire le plus haut d’Asie du sud-est! L’objectif est d’atteindre 102.

Rappelons qu’en France, les derniers chiffres font état d’un taux à 9,6/100000. (InVS)

 

 

La solution qu’a trouvée le gouvernement indonésien à ce problème, c’est la création du Jampersal, une carte donnant accès aux soins sans condition de revenus à toutes les femmes enceintes disposant d’une carte d’identité. C’est mieux, a priori…sauf que très peu de femmes des régions reculées, nombreuses en Indonésie, possèdent une carte d’identité. Ceci dit, l’article du « Inside Indonesia » nous dit qu’il est plus facile d’obtenir une carte d’identité qu’une carte Jamkesmas…

Jamkesmas
Photo de jamaranew

Deux raisons à cela :

–          Les bénéficiaires potentiels n’ont pas accès à l’information ou sinon, aux administrations la délivrant

–          Du coup, la corruption fait rage et les Jamkesmas sont vendues au plus offrants par des petits malins. Logique, pour une carte destinée aux plus pauvres !

 

Et alors, quand on a le malheur d’être une femme seule, c’est encore pire. Plus de 9 millions de foyers seraient tenus par une femme seule en Indonésie. Les hommes sont partis travailler ailleurs et ils ne reviennent pas; la plupart ont fondé une autre famille sur place. Sauf qu’en Indonésie, la loi sur le mariage de 1974 ne reconnaît que l’homme en chef de famille. Donc, pas d’accès aux aides sociales comme le Jamkesmas ni à des tas d’autres procédures, comme le simple transfert d’argent.

Malgré toutes ces difficultés, très peu d’actions sociales sont mises en œuvre et le peu d’ONG sur place ont peu de moyens. Et pourtant, en permettant aux femmes de pouvoir bénéficier, ne serait-ce que de la présence d’un professionnel à l’accouchement, les mauvais chiffres indonésiens s’amélioreraient certainement…

Y’a du boulot pour nous, les filles!

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