Viscose de bambou: l’arnaque écologique

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Rooh, la déception. Comme beaucoup, je pensais que la viscose de bambou, c’était chouette et écolo. Ben nan. C’est la manipulation du consommateur.

Pourquoi l’étiquette séduit-elle, au départ? Parce que le bambou est vendu comme une plante hyper écolo:

Cultivé sans engrais ni pesticide, il absorbe une grande quantité de gaz à effet de serre, produit davantage d’oxygène qu’un  arbre et réclame quatre fois moins d’eau qu’une culture de coton traditionnelle. Par ailleurs, ses racines, profondes empêchent l’érosion du sol. Cerise économique sur le gâteau : la plante pousse très vite, jusqu’à un mètre par jour. Julia Tissier, Libération, 2008.

Ca en jette, vu comme ça. A bas le coton, vive le bambou; reviendez, les norang-utans, on arrête de déforester, on va juste nettoyer les bambouseraies. Voui, donc problème numéro uno: ce ne sont plus les orang-utans qu’on affame, ce sont les pandas. Tout est question de savoir lequel tu préfères, en fait.

 

En raison de la déforestation, la moitié des espèces de bambous est déjà considérée comme menacée à travers le monde. Le Monde 12/11/2012.

L’article rajoute qu’en plus des élagages de bambous, le réchauffement climatique va probablement entraîner une disparition d’au moins 3 espèces de bambou, très sensibles aux conditions climatiques. Pas de bol, il s’agit des 3 espèces dont se nourrit principalement nos amis les pandas-tout-mignons.

Bon, donc tuer des bambous, ça n’a pas l’air terrible. Sauf si on le fait dans des bambouseraies contrôlées; or, la plupart des fibres de bambous utilisées dans l’industrie textile notamment est issue de déforestation illégale de bambouseraies sauvages. Ben voyons.

Pour en rajouter, la viscose de bambou est bien sûr fabriquée à partir de bambou. Mais c’est une fibre transformée chimiquement. Avec des tas de produits toxiques extrêmement polluants:

Procédé de fabrication de la viscose de bambou:

La matière première utilisée est la cellulose présente dans la pulpe des végétaux: on peut utiliser celle de l’eucalyptus, .

1.    Elle est dissoute dans de la soude caustique afin de faire gonfler la cellulose et écarter les fibres.

2.    Le liquide en excès est éliminé par pressage.

3.    La cellulose est ensuite dépolymérisée.

4.    On ajoute du disulfure de carbone (CS2) pour que la cellulose devienne soluble: la cellulose se transforme en xanthate de cellulose.

5.    Elle est ensuite dissoute dans de l’hydroxyde de sodium dilué afin d’obtenir un liquide visqueux appelé viscose.

6.    La viscose est ensuite filtrée puis extrudée à travers une filière (c’est une plaque percée de trous minuscules) et amenée dans un bain contenant de l’acide sulfurique (H2SO4) : elle forme alors des fils continus.

Or, le disulfure de carbone est une horreur:

Le solvant utilisé est le disulfure de carbone, un produit chimique très toxique
connu pour ses risques de perturbation sur la reproduction humaine. Il peut compromettre la santé des ouvriers dans les usines et est une source de pollution pour l’air et l’eau. Moins de la moitié de ce solvant est récupéré par les usines fabriquant de la viscose, ce qui implique que l’autre moitié est rejetée dans la nature. Patagonia

Voilà, en résumé, la viscose de bambou, qui est tout simplement une viscose tout court, ça paraît bien mais en réalité, c’est-le-mal.

Alos, quelle est l’alternative? Une seule aujourd’hui: le lyocell, commercialisé sous plusieurs noms dont la plus connue: Tencel*. Là, c’est du bambou, mais on ne coupe pas le bambou, on le pèle seulement. Tencel* assure utiliser uniquement des bambous de plantation (pas de déforestation ou enfin, plus maintenant que les plantations sont faites) et la fabrication du lyocell se fait à partir d’un solvant organique non toxique qui est, attention mesdames-z-et-messieurs, réutilisé à 98% à chaque cycle de fabrication!

La production de fibres lyocell s’effectue en circuit quasi-fermé [Figure 4]. Les fibres sont fabriquées à partir d’un mélange de pulpe de bois dissout dans le solvant NMMO à haute température. La solution visqueuse obtenue est filtrée et extrudée par des filières dans un bain de filage aqueux. La cellulose précipite et émerge sous forme de fibres. Ces dernières sont lavées, séchées et enroulées. Le solvant est récupéré dans le bac de rinçage. L’eau est recyclée par distillation (évaporation) des bains de filage et de rinçage. Le solvant est récupéré à plus de 97%. Les très faibles émissions résiduelles sont décomposées dans des installations de purification adaptées. La récupération quasi-complète du solvant représente donc un avantage majeur tant environnemental qu’économique. Mémoire d’école d’ingé 2009.

Et en plus, c’est tout doux aussi…

En dehors du lin, de la laine et du chanvre, ces fibres textiles naturelles et écologiques, d’autres fibres textiles se développent et on risque d’avoir bientôt le choix de ne plus acheter du coton ou de la viscose (sans parler de ces fibres synthétiques issues du pétrole, bierk):

– le Seacell: mélange de lyocell et d’algue

– le Hempcel: mélange de lyocell et de chanvre, autre fibre naturelle écolo.

– le Lenpur: viscose (donc pas terrible) mais à partir de pulpe de pin blanc élagués et non coupés.

– l’ortie: une fibre textile a été fabriquée il y a quelques temps, encore peu développée. Pourtant, en tant que plante vivace, elle ne nécessite aucun polluant…et pas d’engrais, comme on peut s’en douter quand on voit à quelle vitesse elle pousse dans nos jardins!

Seacell

Bref, y’a le choix, alors, faisons le bon.

Et pourtant, nombre de marques dites « bio » ou « écolo » vendent des produits à base de viscose de bambou. C’est vrai dans la mode, mais ça l’est aussi dans la puériculture où le bio se développe à la vitesse de la lumière. Attention donc, la viscose de bambou toute douce et si choupinette, souviens-toi qu’elle tue les pandas et qu’elle est fabriquée avec de la chimie toxique. C’est dit.

Donc, en résumé: non à la viscose (même de bambou), oui au lyocell!

Plus de bambou dans nos baguettes!

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Baguettes en plastique de Taïwan, en porcelaine de Chine, en bambou du Tibet, en palmier du Vietnam, en inox de Corée, avec la cuiller, en bois laqué du Japon pour le couple et les enfants, en bambou jetable du Japon.

Si je n’ai pas emporté de carnet de voyage, il était impensable pour moi de ne pas prendre ma paire de baguettes réutilisables. J’avais cette notion de milliards de paires utilisées et jetées chaque année en Asie, sans plus de précisions.

Mais aujourd’hui, nous avons mangé dans un (sinon LE) restaurant japonais d’Ubud. Incroyable: une vraie cuisine japonaise, avec les critères écologiques de Bali, hautement revendiqués, c’est-à-dire: sans OGM, avec des produits locaux dans la mesure du possible et…sans baguettes jetables.

Et c’était justement un « détail » qui m’avait beaucoup marqué au Japon: il y est extrêmement rare de trouver des baguettes réutilisables dans les restaurants. Pourquoi?

D’abord parce que la concience écologique des japonais est très balbutiante. Sacs en plastique à tout va, emballages individuels omniprésents, jetable partout.

Ensuite parce que les Japonais ont une intolérance très nette vis-à-vis du manque d’hygiène. Or, il est impossible pour beaucoup d’entre eux d’utiliser des baguettes ayant été en contact avec des centaines de salives différentes, même lavées.

Le Planetoscope nous rappelle pourtant que, pour les seuls Chinois (ça fait quand même un paquet de gens), 70 milliards de paires de baguettes en bambou sont jetées chaque année, ce qui représente plusieurs millions de tonnes de bambou!!

Quelle serait la solution? Stériliser des baguettes en inox, comme les Coréens? Réutiliser les baguettes en bambou pour en faire du bioéthanol, comme l’a tenté le gouvernement japonais? Taxer les baguettes jetables en bois? Ou peut-être une prise de conscience collective?

En tous cas, c’est sûr, les baguettes jetables ne passeront plus par moi.

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