Shibori, Tsutsugaki et Bintaga

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En me penchant sur les Furoshiki et l’artisanat japonais, je découvre petit à petit les différentes techniques qui permettent d’obtenir ces si jolis tissus. On en retrouve sur les furoshiki, mais aussi sur les kimono ou les yukata (kimono de coton léger) et sur tous les textiles de la maison, la décoration.

Difficile d’obtenir cette information en anglais, alors en français, je ne t’en parle même pas. Voici donc un petit recueil d’informations glanées à droite à gauche (quelques heures de lecture de kanjis plus tard…) Remercions au passage mon ami Google Translate.

Techniques de teintures japonaises

Shibori 絞り染め :

Technique traditionnelle japonaise de « tie and dye ». Là, rien d’inconnu avec cette technique à la mode à l’époque de ma déjà lointaine adolescence…Souvenirs, souvenirs…Bref, passons.

Plusieurs façons d’obtenir les motifs avant de plonger le tissu dans l’indigo:

  • Kanoko shibori 鹿の子 絞り

Technique la plus connue: on noue un fil autour du tissu torsadé; parfois on plie d’abord le tissu avant de nouer le fil. Le motif dépend du degré de serrage du tissu et de l’endroit où le fil est posé.

Kanoko Shibori 鹿の子 絞り

  • Miura shibori 三浦 絞り

Pour celui-ci, il s’agit de pincer avec un crochet une petite zone de tissu et d’enrouler le fil deux fois autour, sans le nouer. Un des plus faciles et rapides à faire, très populaire, donc.

Miura Shibori

  • Kumo shiburi

Ici, le tissu est plissé puis plié. Le résultat ressemble à une toile d’araignée.

Kumo Shibori

  • Nui shiburi 縫い絞り

Une des techniques qui prennent le plus de temps: il faut coudre le tissu avec un surjet (oui, ben je ne connais pas le nom du point en couture), très serré, maintenir le tissu cousu dans une sorte de presse en bois pour le teindre, puis découdre.

Nui Shibori

  • Arashi shibori嵐絞り

Pour cette technique, on enroule de façon très serrée le tissu autour d’une sphère, en diagonale. Puis on enroule dessus du fil de façon parallèle et on teint le tout, au pinceau. Le motif est donc toujours en diagonale et représente la pluie dense d’un jour d’orage…Arashi signifie « orage » en japonais.

Arashi Shibori

  • Itajime shibori 板締め 絞り

Là, c’est facile: on place le tissu entre deux sortes de moules en bois (ou en plexiglas aujourd’hui) et on plonge le tout dans la teinture. Le motif dépend de celui du moule.

Itajime Shibori

Tsutsugaki 筒描 :

Technique traditionnelle de teinture japonaise, habituellement sur du coton, avec de l’indigo:

  1. Fabriquer de la pâte de riz avec du riz doux riche en amidon
  2. Dessiner à l’aide d’une sorte de poche à douille utilisée en pâtisserie, appelée tsutsu (tube) sur un tissu en coton
  3. Teindre le tissu, le plus souvent en indigo
  4. Laver le tissu pour éliminer la pâte de riz

Motifs dessinés le plus souvent: grues, tortues, fleurs, kamon (blason japonais),…

Exemple de Tsutsugaki avec kamon

Mode d’emploi en japonais,.

Katazome 型染め :

Technique traditionnelle japonaise de teinture de tissu mais avec un pochoir cette fois-ci:

  1. Découper un pochoir avec le motif choisi
  2. Fabriquer la pâte de riz
  3. Appliquer la pâte de riz avec l’aide du pochoir
  4. Teindre, avec de l’indigo ou d’autres couleurs
  5. Laver le tissu pour éliminer la pâte de riz.

A noter, la technique particulière de peinture sur kimono, avec un pochoir (qui rappelle notre bonne vieille peinture sur soie), s’appelle Katagami (型紙).

Katazome à l’indigo

Les motifs utilisés rappellent souvent ceux des Bingata…nous voilà bien avancés!

Bingata 紅型 (en langue d’Okinawa):

Technique de Katazome spécifique à Okinawa. C’est la même technique, mais les couleurs sont très…présentes! Et nombreuses, généralement de 9 à 18 différentes pour chaque tissu. Ce textile aux influences très variées (probablement indienne, chinoise et javanaise), aux couleurs très tropicales est utilisé pour les kimonos du festival de Ryûkyû

On teinte le tissu à la main, des couleurs les plus claires aux plus foncées bien sûr. Si on souhaite teindre l’arrière-plan, on plonge le tissu dans un bain de teinture après l’avoir passé à la vapeur pour fixer les couleurs.

Exemple de Bingata; ça sent les tropiques!

Technique de texturisation japonaise

Chirimen ちりめん (« crêpe »)

Enfin un nom sur ce tissu que l’on voit partout sur les objets d’artisanat! Le chirimen ou crêpe, est un tissu légèrement ondulé. Les fils de soie ou de polyester, plus souvent aujourd’hui, ont été tissés dans deux directions différentes sur la trame, ce qui forme ces mini-vagues (Shibo en japonais, « rides »). L’intérêt, c’est que le tissu est très résistant et quasiment infroissable.

Les motifs appliqués dessus sont multiples et les objets qui en sont recouverts innombrables!

Texture du Chirimen

Les motifs traditionnels sont une mine de surprises également, mais il me faut quelques kanjis en plus pour les comprendre…

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Quelle taille pour quel Furoshiki?

Un commentaire

C’est fou comme un sujet qui m’intriguait déjà il y a de ça plusieurs années peut resurgir avec autant d’intérêt aujourd’hui.

Plusieurs questions précises me sont venues en réfléchissant au furoshiki et l’une d’elles, la voici, la voilà:

Comment sait-on quelle taille utiliser pour emballer un objet déterminé? 

Parce que des tissus de furoshiki, j’en ai vu des tonnes qui m’ont donné envie de tout acheter, mais encore faut-il pouvoir s’en servir après, hein.

Et pas facile d’avoir des infos précises d’ici; en fait, si, elles sont surement très précises, mais mes quelques mots de japonais ne me permettent pas de tout comprendre…Donc, j’ai récupéré des documents sur le net et je me suis amusée à les traduire; en plus ça me fait bosser mon japonais. D’une pierre, blabla…

Mesures de furoshiki

Donc, d’abord comme on le remarque sur le schéma ci-dessus, le tissu en question est carré. C’est très important, sinon l’emballage est impossible ou disgrâcieux. Toutes les techniques de nouage sont faites pour des tissus dont les côtés ont la même taille (un carré, quoi).

Les mesures des furoshiki sont précises et ont chacune un nom…La taille en centimètres donnée est celle du côté.

– 中巾 (chû haba): « largeur moyenne » = 45cm. C’est effectivement la taille que l’on rencontre le plus facilement dans les magasins.

Utilisation: « petit sac à main »

Furoshiki de 45 cm

– 尺三巾 (shaku mi haba): « largeur de 3 shaku » (le shaku semble être la mesure entre le pouce et le majeur)= 50cm
尺四巾 (shaku yo haba): « largeur de 4 shaku » = 53cm

Utilisation: pour transporter les « bentô »

Furoshiki de 50cm pour emballer les bentô

– 二巾 (Futahaba), « deux largeurs » = 68cm

Utilisation : pour emballer les pâtisseries (cadeau très prisé au Japon), une bouteille de vin (sic), etc

Exemples de bin-tsutsumi, furoshiki pour bouteilles

– 二尺巾 (Nishakuhaba): « deux shaku de largeur » (le shaku semble aussi être une mesure de plus de 30 cm)= 75cm

Utilisation: là encore, pour les pâtisseries ou les « cadeaux« , etc

– 二四巾 (Nishihaba): « 24 largeurs »= 90cm

Utilisation: pour une bouteille de 1 « ishô » (ancienne mesure japonaise qui correspond à 1,8l) ou 2 bouteilles de vin (assez logiquement) ou comme sac à main plus grand,etc

Facile à porter!

– 三巾  (mihaba): « 3 largeurs » = 105cm

Utilisation: comme sac à main ou comme nappe

Sac à main avec un furoshiki de 105cm

– 四巾 (yo haba): « 4 largeurs » = 130cm

Utilisation: pour 2 « zabuton« , ces coussins rectangulaires ou carrés japonais, utilisés pour s’asseoir ou s’agenouiller ou comme nappe

Furoshiki pour zabuton

– 五巾 (itsu haba): « 5 largeurs » = 175cm

Utilisation: pour 5 « zabuton » ou pour le dessus d’un « kotatsu« , cette merveilleuse découverte que j’ai faite grâce à un pote couchsurfer: il s’agit d’une table entourée d’une sorte de couverture chauffante…j’en rêve pour ma nouvelle maison (on peut bien rêver, non?)

Kotatsuuuu

 

– 六巾 (roku haba): « 6 largeurs » = 195cm

Utilisation: pour un futon ou une couverture de deux « jo » (le « jo » est la taille d’un tatami, qui sert à mesurer la surface des pièces également, il correspond à 91 cm x 182 cm soit 1,6562 m2)

Futon d’une personne

 

– 七巾 (nana haba): « 7 largeurs » = 230cm

Utilisation: pour un futon « familial ».

Pratique pour trimballer ton futon, non?

 

Pfiou…je comprends pourquoi j’ai rien compris à ce qu’elle me racontait, la dame du magasin!!

 

Source:

http://www.furoshiki-oroshi.info/product/furoshiki01.html

A mort le sac plastique! Vive le furoshiki!

4 commentaires

Furoshiki, 風呂敷: technique traditionnelle japonaise d’emballage à l’aide d’un tissu.

Autrement dit: l’alternative toute trouvée à ce satané sac en plastique qui fait des dégâts sur terre, sur mer, sous mer, sous terre, omawé, hostel hostel au ouistiti…

Furoshiki Bin-zutsumi (pour une bouteille)

Je connaissais déjà avant mon premier voyage au Japon mais je suis bien triste de constater, voyage nippon après voyage nippon, que le plastique est beaucoup plus présent que le tissu pour emballer les objets. Alors que c’est tellement plus joli, artistique, recyclable, multi-usages, traditionnel, écolo…enfin, bref, je ne comprends pas pourquoi ils s’obstinent tous à te sortir des dizaines de sacs plastiques de toutes tailles pour emballer tes courses, ta nourriture, tes cartes postales, tes folies de shopping, …avec parfois un premier sac plastique qui protège l’objet dans un autre grand sac en papier de la marque, le tout dans un encore plus grand sac plastique transparent parce qu’il pleut, aujourd’hui, madame. Je ne te raconte pas leur tête quand je dégaine mon sac Monop’ vintage! (Je suis devenue très forte au jeu du qui-est-le-plus-rapide-sortir-le-sac.)

A l’origine, l’utilisation du furoshiki remonterait à l’époque Nara (710-794) mais on l’appelait alors hirazutsumi (平包) ou « ballot plié et plat ». Ils servaient à protéger les marchandises des commerçants ou à emballer des cadeaux. Mais son usage moderne et son nom actuel proviennent de la prospère période Edo (1603-1868). A cette époque, les gens emballaient leurs vêtements mouillés dans un furoshiki, étalé par terre pour le nouer, après être allé au sento ou onsen (les bains publics japonais). Le mot « furoshiki » signifie en effet « étaler au bain » (風呂 bain et 敷く étaler). Le tissu était alors uni et orné du kamon (blason) du clan ou de la famille; l’usage, d’abord réservé aux nobles, s’est ensuite répandu à toute la population et à tous les objets du quotidien.

Aujourd’hui, il est assez peu utilisé, même si on peut lire partout qu’il y aurait un « nouvel engouement écologique » pour le furoshiki. On n’en voit pas beaucoup dans la rue…Il sert surtout d’emballage sophistiqué et symbolique pour les cadeaux, la discrétion japonaise imposant de ne pas gêner le destinataire du dit-cadeau: ainsi emballé, on ne peut deviner ce qu’il contient. Il est d’usage de ne pas dénouer un furoshiki devant la personne qui offre le cadeau.

Multi-usage!!

Pourtant, avec le récent élan (très poussif tout de même) de l’écologie japonaise depuis le 11-mars-2011, ce serait bien un élément sur lequel parier, non? Sur place et à l’exportation! Une idée typiquement japonaise et écologique…en Europe, et en France surtout, avec la nipponmania, ça ferait un carton! Ça existe déjà, bien sûr, mais ce n’est pas vraiment développé, me trompe-je?

Bref, je sens que je vais devenir dingue de furoshiki, mais y’a encore du boulot…parce qu’évidemment, c’est tout un art.

– Il existe des dizaines de techniques différentes pour nouer le tissu en fonction de l’objet à emballer et de la façon dont tu veux le porter.

Le Ministère de l’Environnement japonais a tout de même mis en ligne une notice d’utilisation du furoshiki en anglais, s’il-vous-plaît, mesdames et messieurs:

Techniques de nouages de Furoshiki (Si tu cliques, magie, ça devient plus grand!)

Une petite remarque qui ne déplaît pas à la sage-femme que je suis: les noms des techniques, par exemple « Hon tsutsumi » pour les livres, utilisent le mot verbal « tsutsumi », 包む (   つつむ)signifiant emballer,envelopper. Mais le kanji 包 représente un bébé dans le sein de sa mère. L’image même de la protection, physique (pour ne pas « abîmer » l' »objet ») et émotionnelle. C’est donc beaucoup plus qu’un emballage, pour les japonais.

– Par ailleurs, il existe un code couleur, chaque couleur étant symbolique d’un évènement particulier; très important quand le furoshiki est utilisé pour offrir un cadeau.

Violet, couleur noble, pour les cérémonies
Rose pastel, pour les fêtes de printemps et les mariages
Indigo foncé ,couleur très populaire, pour l’été  et aussi pour les funérailles
Matcha, couleur du thé vert, correspond au Wabi-Sabi (l’impermanence des choses)
Rouge, pour des félicitations ou exprimer sa volonté de protection.

– Il existe aussi un code pour les motifs présents sur le tissu

La feuille de Lin porte bonheur (elles grandissent rapidement)
Les rayures verticales représentent la vie éternelle
La Peau de Requin, pour l`Aristocratie guerrière
Les  7  trésors portent bonheur
Les Arabesques apportent longévité et prospérité, etc…

Furoshiki

 

– Enfin ce qui concerne la matière:

Pour les cadeaux, on utilise traditionnellement de la soie, mais aussi du satin, du crêpe de polyester ou de rayonne, du voile de coton, etc. L’idéal étant d’avoir un furoshiki  réversible bicolore qui permet de jouer sur l’envers et l’endroit pour un rendu très esthétique.

Pour le portage au quotidien, on préfèrera le coton, plus résistant, mais on peut aussi prendre du synthétique, du lin ou du satin de polyester pour varier les effets. Tant qu’à faire, je préfère  le coton bio.

 

Donc, comme j’ai envie de développer tout ça, je vais me renseigner davantage pour être plus précise et je reviens…

Merci au blog de Sophie Créations et au site L’Atelier du Furoshiki.

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